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mercredi 14 août 2013

Stupeur et tremblements

(Amélie Nothomb – publié en 1999)


On m'a longtemps conseillé ce livre: « ça parle du Japon, ça va te plaire », « Amélie Nothomb est tordue, ça va te plaire » (je refuse de comprendre comment cette personne en est venue à penser ça...), « elle écrit bien, ça va te plaire » et j'en passe. Comme je mets toujours plus longtemps à lire les livres qu'on me conseille que ceux qu'on m'interdit, je ne l'ai lu que très récemment, ce qui me permet de faire tout de même cette critique.


Stupeur et tremblements est un roman autobiographique qui raconte le (court) passage d'Amélie Nothomb dans une prestigieuse entreprise japonaise, la compagnie Yumimoto (ne trouvant strictement aucune information sur cette entreprise, j'imagine que le nom est fictif...). A priori, les romans autobiographiques n'ont jamais été ma tasse de thé, mais après tout, si l'auteur est si particulière, pourquoi pas.
Et en effet, le livre est plutôt bien écrit; l'auteur utilise des comparaisons assez surprenantes et le style est plaisant. De plus, pour les moins courageux, le roman est court (même pas 200 pages...). Je suis néanmoins un peu déçue; l'histoire, la tournure des évènements n'est pas aussi « tordue » que je l'avais espéré (voilà pourquoi je n'aime pas qu'on m'explique pourquoi je pourrais trouver un livre bien; mes attentes sont généralement plus grandes que ce que m'offre l'œuvre...).

Parlons de l'histoire, justement. J'ai eu la sincère impression que dans ce roman, il ne se passait RIEN. Je veux dire, oui, elle raconte sa vie dans une entreprise japonaise, soit, cela ne se passe pas excessivement bien, d'accord, mais à part cela; NADA. Je n'ai rien contre les romans descriptifs, d'autant que celui-là est agréable à lire, mais un peu d'action, que diable! Je ne demande même pas de suspens, ce serait bien trop espérer, mais au moins des évènements, je ne sais pas, quelque chose...

En outre, si je devais parler des personnages (ce qui est relativement absurde dans un roman autobiographique, puisqu'ils ne sont pas sensés être tirés de l'imagination de l'auteur), je dirais qu'ils sont creux. Ils sont là, ils agissent, leurs actions ont des conséquences sur la vie de la narratrice, mais ils sont inintéressants; on a pas spécialement envie de les connaître davantage, de comprendre la raison de leur actes et lorsque la narratrice spécule sur ce sujet, c'est tellement stéréotypé que c'en est désolant...

Enfin, parlons de l'image du Japon que l'auteur veut donner, puisque c'est le but de l'œuvre. Je trouve l'image singulièrement négative, malgré l'enthousiasme de la narratrice à l'égard du pays du Soleil Levant. Cependant, il est probable que son expérience ait été négative. Mais je trouverais dommage de généraliser, même si cela doit être une réalité. Après, ce n'est que mon opinion...



Pour conclure, je dirais que ce roman m'a tout de même déçue: même s'il est bien écrit, plaisant à lire, que le thème qu'il aborde peut être intéressant et sujet à débat, l'action et l'intrigue sont quasiment inexistantes et les protagonistes sont inintéressants, insipides et stéréotypés, ce qui gâche un peu l'œuvre à mon goût.

vendredi 18 janvier 2013

Dragons


(Marie Desplechin – 2003)

Bien que Marie Desplechin soit plus particulièrement connue pour sa littérature jeunesse, elle s'essaye de temps en temps à un public plus âgé et Dragons est, à ma connaissance, sa deuxième tentative dans ce sens.

Sur l'île de Batz, en Bretagne, il y a un bon millier d'années, un dragon fut terrassé et poussé dans un long sommeil, en bas d'une de ses falaises... Retour au présent, un groupe de connaissances plutôt atypiques décident de séjourner quelques temps sur l'îlot, afin de profiter ensemble de leurs vacances. Mais ils ne savent pas ce qui les attendent...

Dragons est un livre qui a autant de qualités que de défauts.
Parlons d'abord des qualités. L'écriture est très fluide, sans être simpliste pour autant. L'auteur décrit plutôt bien les différentes situations et arrive parfaitement à rendre l'atmosphère quasiment oppressante et extraordinaire de l'île.

L’œuvre offre aussi un tableau de personnages assez originaux. Chaque personnalité est vraiment unique et chacun a ses attributions. Alors que Pascale a des visions prémonitoires, Mélanie est obsédée par les reliques liés à la mort, entre autres. Hélas, je trouve ici un revers de médaille ; les protagonistes ne sont pas attachants. Ils sont originaux par leur rôle et leur particularité, mais ils ne nous touchent pas, à l'exception peut-être d'un certain ectoplasme...

Et puisque l'on parle de tare, l'intrigue en est hélas une. Le début nous plonge dans une attente, puisque l'introduction commence par ce fameux combat contre l'immense monstre et s’enchaîne sur ces fameuses vacances sur les lieux du combat. Cependant, l'auteur prend beaucoup de temps à mettre son histoire en route. Certes, la mise en place de l'ambiance l'autorise, et comme celle-ci est bien menée, ce n'est pas un défaut majeur.

Non, le problème, c'est une fois l'intrigue lancée. Tout est confus. C'était apparemment l'effet recherché, puisque les personnages eux-mêmes n'y comprennent rien, mais ce n'est pas digeste. Si encore l'histoire se concluait, si encore le flou se démystifiait, si encore les éléments permettant ce procédé se présentaient, même pour laisser le lecteur décrypter lui-même l'oeuvre, mais non. Ce cafouillis demeure, laissant le lecteur à un sentiment d'abandon et à une billebaude à jamais irrésolue...

En conclusion, Dragons m'a déçue. Alors que l’œuvre est menée par une plume efficace et recherchée qui met en place une ambiance oppressante et des personnages intéressants bien que pas attachants, la forme est gâchée par le fond qui reste embrouillée jusqu'à la fin. Je ne peux donc pas vraiment vous le conseiller, mais si vous êtes tenté par le challenge d'y comprendre quoi que ce soit, je vous salue et vous demande de m'expliquer !

samedi 9 juin 2012

Millénium


(Stieg Larsson – 2005-2008)


Best-steller international, Millénium est sans doute l’œuvre qui a permis au grand public de s'intéresser aux ouvrages scandinaves et donc d'ouvrir une nouvelle voie aux éditeurs. L'auteur, quant à lui, était un journaliste engagé, notamment dans la lutte contre les idées d'extrême droite, et mourra prématurément quelques mois après avoir livré sa trilogie au plus grand éditeur suédois.
Le succès étant au rendez-vous, la saga connaîtra une adaptation cinématographique suédoise des trois tomes sur grand écran et une adaptation radiophonique sur France Culture du premier tome. Cette année, la série est de nouveau portée sur les écrans par les américains cette fois.
Mais je ne vais ici pas vous parlez des films ni de la lecture du livre par France Culture mais bien de ces romans suédois qui ont fait tant de bruit.

Mikael Blomkvist, rédacteur du journal économique Millénium, est condamné pour diffamation à cause d'un de ses articles sur un grand industriel suédois. Voulant s'éloigner de tout temporairement, il accepte un travail qui sort de l'ordinaire : Il doit relancer une enquête abandonnée il y a plus de quarante ans où la nièce de son employeur a disparu, sans doute assassinée.
En parallèle, on suit une jeune femme rebelle et peu commune, Lisbeth Salander. Considérée par la société comme incapable et mise sous tutelle, elle possède néanmoins des capacités hors pair telle que ses compétences pour mener des Enquêtes Sur la Personne, travail qu'elle fait pour le compte de Milton Security, une agence de sécurité privée.

La grande force de ce roman réside dans ses personnages et notamment en la personne de Lisbeth. Sa personnalité si atypique mais ses sentiments si naturelles font d'elle un personnage à la fois intriguant et attachant. On peut pratiquement affirmer que les livres tournent autour d'elle ; ce qui est d'autant plus vrai à partir du deuxième tome.
Mais la série ne se limite pas à ces personnages, loin de là. L'intrigue elle-même est très prenante et pleine de rebondissements. L'auteur a même pensé à donner des plans, des arbres généalogiques ou autres au lecteur pour que celui-ci se repère mieux voir même tente de résoudre le mystère (ce qui est pratiquement impossible, au passage...). Il faut tout de même préciser que l'intrigue est sombre. La Suède décrite par Larsson ne donne vraiment pas envie d'y aller et les personnages eux-mêmes ont tous un côté, si ce n'est malsain, au moins dérangeant.

Mais que demander de plus à une excellente histoire menée par des personnages charismatiques ? Un bon style bien sûr !
Sans être du grand art littéraire, le style de l'auteur est simple mais efficace. Le livre se lit facilement. Même si trois tomes peut paraître long à certains, la lecture est rapide et on en redemande rapidement d'autre.

D'ailleurs, c'est pratiquement le seul défaut de l’œuvre : On en redemande d'autre. L'auteur est mort trop tôt ; il n'avait pas prévu de finir sa série en trois tomes mais bien de continuer, ce qui laisse à la fin du troisième tome, même si l'affaire est terminée, une impression de trop peu, à mon goût...


En conclusion, Millénium n'a pas volé son titre de best-steller : En plus d'une intrigue accrocheuse mais sombre, Stieg Larsson met en scène des personnages humains et attachants sous sa plume efficace.
Le défaut principal de l’œuvre est sans doute ce goût de trop peu qui nous assaillit à la fin du troisième tome et peut-être l'ambiance trop sombre et violente pour être conseillé à tout le monde. Néanmoins, cette ambiance fait partie intégrante de l'intrigue, donc je ne saurais dire que ce soit véritablement un « défaut »...
En tout cas, je conseille cette trilogie a un maximum de personnes, mais pas trop sensible non plus...

vendredi 23 décembre 2011

Le monde de Sophie

(Jostein Gaarder – publié en France en 1995)


Il y a assez longtemps, pendant que je lisais La République de Platon (oui, j'ai des folies comme ça...), on m'avait parlé de ce livre. Sur le coup, j'avoue ne pas avoir fait très attention; on m'avait dit que c'était un livre qui traitait de philosophie et qui était assez abstrus. Déjà, avec La République, j'étais servie alors j'avais plutôt en tête de finir rapidement le pavé que je lisais pour aller m'abrutir avec autant de BD niaises ou comiques que possible après.
Puis, bien plus tard, on m'en a de nouveau parlé mais cette fois-ci, pour me le conseiller, étant, me disait-on, un bon livre d'initiation à la philosophie (qui est l'une des matières qui m'intriguait le plus au lycée). Cette fois-ci, j'ai écouté mon entourage et je l'ai acheté pour le lire. C'est ainsi que je peux vous parler de ce livre initiatique norvégien.


Le monde de Sophie est en effet une bonne initiation à la philosophie. Il raconte l'histoire de Sophie, une jeune fille banale de 14 ans, qui trouve un jour dans sa boîte aux lettres une lettre où il y était simplement écrit « qui es-tu ? ». Elle commence ainsi à s'initier à la philosophie, grâce à cette correspondance mystérieuse grâce à laquelle elle reçoit des cours de philosophie, tout en essayant de résoudre certains mystères, comme l'identité de l'expéditeur...
Pour moi, ce roman se coupe en deux parties assez distinctes: dans la première partie, les cours de philosophie que Sophie reçoit ont une grande importance, au point que tout ce qui se passe autour peut paraître inutile et dans la deuxième partie, c'est l'histoire du roman qui reprend le dessus et qui s'avère étonnamment bien (oui, je ne m'y attendais pas du tout, personnellement...).

L'histoire, en effet, est bien menée et est vraiment intéressante. Les cours de philosophie, quant à eux, sont bien rédigés et sont beaucoup plus agréables à lire qu'un livre scolaire, je peux vous l'affirmer. En outre, je pense que c'est une bonne idée d'initier les gens à ce domaine par le roman, puisque les romans touchent n'importe qui.
Néanmoins, comme il est relativement épais (618 pages aux éditions Points), il peut faire fuir certains lecteurs du dimanche. De plus, je pense que pour que quelqu'un se lance dans ce livre, c'est qu'il est déjà un peu intéressé par la philosophie; il n'est donc pas aussi ignorant dans ce domaine que l'est l'héroïne au début du roman.

Pendant que j'en suis à parler de l'héroïne, parlons des personnages. Ils sont... fades. Inintéressants. Ce n'est même pas qu'ils sont banaux, c'est juste qu'ils sont vides. On ne s'attache pas du tout à eux. De plus, ils ont parfois des réactions complètement décalées. Prenons l'exemple de Sophie: elle reçoit des cours de philosophie et elle le cache à ses parents. Mais pourquoi donc le cache-t-elle à ses parents ? C'est pas un crime de recevoir des cours de philo, non ? Et puis, qui peut bien réfléchir à la question « qui es-tu ? » écrite sur une lettre anonyme aussi sérieusement ?
Enfin bref, les protagonistes ne sont donc pas attachants. Et c'est d'ailleurs un point à souligner: On apprécie ce livre intellectuellement, et non sentimentalement. L'histoire est intéressante car bien pensée mais en aucun cas parce qu'elle nous touche. Le livre nous porte à réfléchir, et non à sentir.

L'auteur est en effet professeur de philosophie et d'histoire des idées avant d'être romancier et le but de son roman étant l'initiation à la philosophie, il porte plus à la réflexion qu'à autre chose. Cependant, ce n'est pas non plus un livre philosophique de Platon ou de Schopenhauer. On n'est pas obligé d'être constamment concentré sur chaque mot que l'on lit afin de bien comprendre ce qu'ils (sous-)entendent. Non, cela reste un roman adressé aux adolescents où l'écriture est fluide et où le livre se lit très bien, même dans un état de fatigue avancé.


Pour conclure, Le monde de Sophie est un roman très intéressant qui initie très bien à la philosophie (puisque c'est son but) grâce notamment à son écriture fluide et à une histoire qui met certes longtemps à se dévoiler mais qui s'avère passionnante. Mais il faut souligner que ce roman s'apprécie principalement intellectuellement et non parce que les personnages sont attachants, puisqu'ils ne le sont pas. De plus, la longueur, le fait qu'il traite de philosophie ainsi que la prépondérance des cours de philosophie dans la première moitié du roman peut en rebuter certains, même si c'est ce qui m'a encouragé à le lire.
Je le conseille donc tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à la philosophie ou du moins qui n'ont aucun à priori négatif sur le sujet.

mardi 4 octobre 2011

Crime et châtiment

(Fedor Dostoïevski – publié en 1866)


Attendez, ne vous enfuyez pas trop vite! Je sais que la plupart des gens pensent que Crime et châtiment est un livre long et abstrus mais lisez au moins mon avis à ce sujet! Car oui, quand quelqu'un me dit « ne lis pas ce livre, il est trop compliqué », je n'ai qu'une envie: le lire. Je suis l'incarnation de l'esprit de contradiction en personne. Mais c'est grâce à cela que je peux me permettre de vous en parler.
      Au premier abord, j'avoue que j'ai moi-même failli fuir devant le livre: 672 pages, c'est un chose, et j'ai déjà vu mieux. Néanmoins, j'avoue que la présence du « Tableau des personnages » et de la carte de Saint-Pétersbourg m'ont fait un peu peur: déjà, j'ignore si vous avez déjà vu un nom russe, mais quand vous ne pratiquez pas la langue et que vous ne l'aviez presque jamais côtoyée de près comme de loin, cela paraît long, incompréhensible et impossible à retenir. Alors quand vous en avez une petite trentaine sous les yeux, c'est assez effrayant... Ensuite, c'était comme si leur présence me disait « Oh, tu veux tenter de lire ce livre ? Voici les outils nécessaires à sa compréhension. Bonne chance! » avec une voix sarcastique. J'ai cependant surmonté mon appréhension et m'y suis lancée.


L'intrigue a lieu en 1865 à Saint-Pétersbourg, capitale de l'Empire Russe. Pour vous mettre dans le contexte, à cette époque, le tsar Alexandre II était au pouvoir et il venait à peine de mettre en place quelques reformes plus « justes » au niveau de l'enseignement, du servage - aboli pour l'occasion -, et de quelques autres domaines. Mais je m'égare. Dans ce roman, nous suivons un ex-étudiant, Raskolnikov qui a interrompu ses études faute d'argent. Endetté jusqu'au cou, sentant toute le poids de la pauvreté sur ses épaules, il ne se croit pas moins doté d'un grand avenir. En effet, pour lui, tant que la finalité est louable, le moyen de l'atteindre aura beau être dépourvu de tout scrupule, il sera justifié et profitable; à condition, bien sûr, d'avoir la force morale capable de supporter de commettre cette transgression. Il va sans dire qu'il se considère lui-même comme l'un de ces « surhommes » et que le meurtre qu'il s'apprête à commettre sera pour le plus grand bien... Quoique...
     J'ai d'abord commencé par vous mettre dans le contexte historique car on peut tout de même indiquer que le roman est assez intéressant à ce sujet. Bien sûr, ce n'est pas un livre d'histoire ni un roman historique et les événements cités plus haut voir même le nom du tsar contemporain à l'action du livre ne sont pas cités; mais il faut tout de même admettre qu'on apprend beaucoup de choses sur la société russe et principalement chez les plus pauvres. De plus, l'ambiance générale de l'époque me semble bien conservée, du moins, celle du roman est réaliste (je n'ai pas vécu ni dans les années 1850 ni en Russie après tout, qu'est-ce que j'en sais ?).

Ce n'est cependant pas la vraisemblance d'un livre qui en fait sa qualité, je vous l'accorde. Alors parlons du second aspect du roman. D'un point de vue de l'intrigue pure et dure, l'œuvre se construit en deux temps, déjà annoncés par le titre : d'abord le « crime » que Raskolnikov commettra pour son idéal, puis le « châtiment » que lui infligera sa conscience pendant le reste du roman. J'ai bien dit sa conscience car en effet, Crime et châtiment peut être considéré comme un roman psychologique. On suit un personnage qui devient de plus en plus fou et paranoïaque de par sa culpabilité. Les autres personnages ne sont pas non plus inintéressants et rend le tout cohérent, vivant et une fois encore vraisemblable même si parfois, à vouloir trop critiquer les aspects noirs de sa société, l'auteur a tendance à exagérer certains traits des personnages.
    Autre point assez important au niveau des personnages et qui les rend d'autant plus intéressants: ils évoluent au cours du roman, et parfois même radicalement. Cela peut peut-être vous paraître stupide d'accentuer autant quelque chose de si naturelle et de si fréquente dans les romans d'aujourd'hui (Harry Potter, A la Croisée des Mondes, pour ne citer qu'eux), mais à l'époque où le livre est sorti, c'était une première, la tradition littéraire privilégiant l'unité et la cohérence des personnages.
Et la difficulté de la lecture qui terrifie tant de gens, alors ? Eh bien, croyez-moi ou non, je ne l'ai pas trouvé si compliqué que cela, ce roman. Je dirais même plutôt plaisant. Le style d'écriture est agréable et laisse une place importante aux dialogues, qui ont tendance à être très animés, rendant l'œuvre dynamique. Par exemple, là où un Honoré de Balzac aurait décrit la misère d'un personnage par une description de son apparence, de son lieu d'habitation, par son comportement, Dostoïevski, lui, narre l'histoire de cette misère par un alcoolique! C'est tout de même plus vivant, non ? De plus, sa narration est sans doute excellente, car pas un seul instant, je n'ai pas « senti » la canicule de l'été 1865 et la misère qui accablaient les protagonistes.

Néanmoins, j'ai quelques défauts techniques à souligner. Tout d'abord, même si personnellement, 600-700 pages, cela ne me fait pas peur, certains peuvent s'en trouver décourager, je le conçois. Il faut aussi préciser que la narration a beau très vive, l'histoire n'est pas gaie; nous parlons tout de même de « crime » et de « châtiment ». Il est possible que certaines personnes n'apprécient pas le côté sombre ('obscur' était tentant...) du roman. De plus, les noms russes sont vraiment très durs à mémoriser et il ne faut pas omettre de préciser que dans ce roman, il y a même des surnoms. Prenons le héros, par exemple. Dans la narration, on l'appelle «  Raskolnikov ». Son nom complet est « Rodion Romanovitch ». Sa famille l'appelle « Rodia ». Cela fait quatre noms (impossible) à retenir pour un seul personnage. Il y en a une trentaine... Comment voulez-vous qu'on s'y retrouve !? J'ai vraiment senti l'utilité de ce tableau de personnages, même s'il n'y a pas tous les surnoms des protagonistes... Alors cela devient vraiment agaçant de devoir presque à chaque fois retourner voir ce tableau dès qu'un nouveau personnage (ré)apparaît au bout d'un moment... Mais bon, l'auteur n'y pouvait rien, il est russe, et fier de l'être, alors...


Pour résumer pour ceux qui n'ont pas eu le courage de lire tout ce qu'il y a en haut; malgré le préjugé négatif quasi-général sur ce roman, les personnages sont profonds, humains et intéressants, le contexte est vraisemblable rendant l'histoire d'autant plus probable et réaliste, l'écriture est agréable et dynamique alors malgré les difficultés rencontrées à l'égard des noms russes trop compliqués pour mon petit cerveau, c'est une œuvre que je conseille à tous ceux qui n'ont pas peur d'affronter un roman légèrement long, sombre mais passionnant.

mardi 23 août 2011

Ivanhoé

(Walter Scott – publié en 1819)


Quand j'étais petite, j'écoutais Nino Ferrer. Dans la chanson intitulée Alexandre, il parle de faire « un coupe-papier avec l'épée d'Ivanhoé ». La première chose que je me suis dit en écoutant ceci, avec toute la curiosité candide possible, c'est; « c'est qui Ivanhoé ? ». Ne connaissant pas wikipédia et n'étant pas amie des dictionnaires à l'époque, j'ai eu une réaction plus radicale: j'ai acheté le roman (3€ le livre de 500 pages... Ah, le bon vieux temps des livres pas chers...). Le temps est pas mal passé, la relecture des Garfield satisfaisant très bien ma version enfant; ce n'est qu'une petite dizaine d'années plus tard que j'ai (enfin) abordé ce roman, tentant de répondre à la question innocente que je me suis posée il y a fort longtemps.



Car oui, qui est Ivanhoé ? Eh bien, avant tout, c'est un chevalier. Le roman se passe ainsi au XIIe siècle, pendant le règne du Prince Jean, frère de Richard Cœur de Lion, pendant que ce dernier était prisonnier des musulmans. Le récit gravite donc autour d'un personnage central qu'est Ivanhoé, un croisé et fidèle du roi d'Angleterre captif, rentrant dans son pays natal.
Je dis bien gravite, car il y a de nombreux personnages aussi différents les uns des autres mais tous liés plus ou moins étroitement avec Ivanhoé: Rébecca, une jeune femme juive, Cédric, ancien seigneur saxon en opposition avec le pouvoir en place, Isaac d'York, père de Rébecca, Wamba, le bouffon de Cédric, De Bracy, chevalier ayant fait allégeance au Prince Jean, Noir Fainéant, mystérieux chevalier anonyme, Locksley, insolent archer, et j'en passe. Et étonnamment, l'auteur arrive à les rendre tous plutôt intéressants avec évidemment des personnages qui brillent plus que d'autres; mais chacun a son heure de gloire.

Un défaut tout de même au niveau des personnages. Sans ambages, le héros, Ivanhoé, passe complètement inaperçu devant la force de caractère des figurants. C'en est à se demander lequel, entre Wamba, par exemple, et Ivanhoé est le héros! Ivanhoé ne voit sa personnalité que peu développé, mais pour le peu qu'elle ne l'est, il m'a tout l'air du stéréotype parfait d'un preux chevalier insipide. Il n'a que peu d'apparition dans ce roman, ne fait pas trop avancer l'intrigue, puisse que ce sont les figurants qui s'en chargent, et, en gros, ne sert à rien. Ah, si, de point de gravité. C'est l'œil du cyclone pour les personnages: Alors que les autres sont turbulents et actifs, l'œil ne fait rien, et il ne s'y passe rien. Mais sans l'œil, pas de cyclone, j'imagine.

Parlons un peu de l'ambiance générale. Ivanhoé est l'un des premiers romans historiques et grâce au succès qu'il a eu à l'époque, a même servi de tremplin pour l'essor du genre. Il retranscrit donc avec plus ou moins de fidélité l'ambiance du Moyen-Âge anglais sous le régence du Prince Jean: la persécution des juifs, la tentative d'usurpation du trône d'Angleterre par le Prince Jean pendant l'absence de son frère et la rivalité des saxons et des normands, née depuis la défaite, lors de la bataille d'Hastings (1066), des saxons, qui sont contraints d'être dirigés par les vainqueurs, notamment, sont des aspects sur lesquels insiste beaucoup l'auteur dans son œuvre (même si la rivalité « normo-saxonne » n'a pas était prouvé...). De plus, si vous aimez les contes de chevalerie, vous retrouverez ici l'ambiance si particulière de ces légendes, grâce à notre cher héros stéréotypé à souhait. On retrouve aussi des histoires célèbres du Moyen-Âge dont on ne connait pas forcément l'origine telles que celle de Robin des Bois ou encore du chevalier noir.
D'un point de vue de l'histoire...Ce n'est pas tellement important. Je veux dire, il n'y a pas vraiment de fil conducteur. Il y a une multitude d'évènements qui s'entremêlent, des personnages qui se croisent, s'affrontent, s'entraident selon leurs propres intérêts et convictions et au milieu de tout ça, il y a le héros qui vit sa vie en subissant ce qui se passe autour de lui et évitant tous les dangers avec une chance de pendu. Et le pire (ou le meilleur) dans tout cela, c'est que ça reste très cohérent.

Voilà que j'ai fini avec le fond, alors parlons de la forme. Comme je l'ai dit plus haut, le livre fait dans les 500 pages pour une édition poche. Cela peut effrayer certains. D'autant plus que au niveau du style d'écriture, il n'a pas spécialement le talent de nous faire oublier que c'est long. Disons que si vous avez lu du Balzac, vous pouvez imaginer facilement le style d'écriture de Scott. Certains sont capables de le lire, l'apprécient même, d'autres l'abhorrent de tout leur être. Le style balzacien étant pour moi le style du roman de base, je ne saurais vous dire si c'est horrible ou pas: c'est basique, tout simplement. (Du moins, pour un romancier: Je ne vais pas demander à un adolescent d'écrire aussi bien qu'un Balzac ou un Scott: Ils ont fait de nombreuses études pour ça et ils travaillent sur leurs romans pendant des années; ce n'est pas comparable.)



En conclusion, Ivanhoé est un roman historique traitant du Moyen-Âge anglais, décrivant les aspects de cette période avec brio. On peut aussi louer l'auteur pour avoir créer des personnages aussi humains et dignes d'intérêt, ce qui donne de la force à l'intrigue, puisque c'est autour d'eux et grâce à leurs actions qu'elle se construit. Néanmoins, Wilfried d'Ivanhoé reste le personnage le plus insipide et inintéressant de l'histoire (tellement qu'il n'est même pas cité dans la quatrième couverture de mon édition; c'est un signe). On peut aussi désapprouver la longueur de l'œuvre ainsi que son style, propre à son époque, qui ne fait pas l'unanimité, même si cela ne me dérange pas.
Je ne peux vous dire si je le conseillerais ou non, mais si vous aimez le Moyen-Âge et les histoires avec des personnages au caractère bien trempé, que la longueur et le style du XIXe siècle ne vous fait pas peur, alors Ivanhoé pourra sans aucun doute vous convenir.

dimanche 14 août 2011

La nuit du renard

(Mary Higgins Clark – 1977)

Devant ma culture quasi nulle en ce qui concerne les romans policiers (j'en suis au point de me demander si j'ai lu un Agatha Christie dans ma vie, c'est pour vous dire!), je me suis dit qu'il serait temps de m'y mettre. Et comme on m'a fortement conseillé La nuit du renard, j'ai pensé que ça serait un bon début. En effet, troisième roman écrit par Mary Higgins Clark – grande auteur de policiers –, ce dernier gagne le grand prix de la littérature policière en 1980 et semble être un classique du genre.

L'intrigue se situe à New York, où Sharon Martin, fervente journaliste qui est contre la peine de mort, et Neil Peterson, fils de Steve, amant de Sharon, se font enlevés par un auto-surnommé Renard.
L'intrigue, typique d'un roman à suspens, est vraiment bien construite: à chaque chapitre – et ils sont courts – on suit des personnages différents qui sont tous liés d'une façon ou une autre à l'affaire, que ce soit en tant que témoin, victime ou même coupable. L'auteur arrive à tout entremêler magnifiquement tout en arrivant à la fin à rendre à chaque personnage son importance et son rôle. En outre, on s'attache vraiment à chacun d'entre eux; ils ont tous leur petite originalité, leur petit passif qui fait en sorte qu'on y croit vraiment.
La forme aussi est bien. Déjà, j'aime beaucoup les romans où les chapitres sont courts (je ne sais pas pourquoi; ça doit être parce qu'on peut couper la lecture plus souvent, c'est pratique...), il est plutôt court (287 pages aux éditions « Le livre de poche ») et l'auteur a une écriture agréable et plaisante à lire.

Une histoire bien construite, des personnages attachants, une belle écriture; que demander de plus, me diriez-vous. Je ne sais pas trop ce que je demande de plus, mais pour moi, ce n'est pas vraiment un chef-d'œuvre.
Certes, c'est un roman sympathique, mais je le prends plus pour un roman pour passer le temps que pour un roman où on y passe du temps. Un roman de gare, quoi. Le genre de roman que vous lisez quand vous avez trois-quatre heures de train devant vous et qu'il vous faut quelque chose pour vous occuper.
Mais pourquoi donc ? C'est sans doute à cause de l'intrigue. Les évènements sont plutôt prévisibles. C'est du vu et du revu. J'ignore si en 1977, la tournure des évènements était très originale, mais maintenant, vous regardez trois-quatre films à suspens ordinaires dans votre vie, et vous êtes au courant du déroulement de l'intrigue de La nuit du renard. De plus, le kidnappeur m'a franchement déçu. C'est un concentré de tous les stéréotypes du criminel qui soient. C'est un peu dommage, je trouve.

Pour résumer, La nuit du renard est un roman à suspens sympathique; l'histoire, malgré son manque d'originalité, est plutôt bien construite, les personnages sont tous attachants, bien que le coupable n'est qu'un gros stéréotype, le style d'écriture est maîtrisé mais pas magistral et il est relativement court. Je le conseille donc à tous ceux qui ont un peu de temps pour lire un livre sympathique mais pas extraordinaire.

samedi 6 août 2011

The Saga of Darren Shan

 (Darren Shan – 2000-2006)



IMPORTANT : 
J'ai lu ce roman dans sa langue d'origine (anglais). Je ne peux me prononcer sur sa traduction.

La parade des monstres, L'assistant du vampire, et dernièrement Darren Shan, cette série porte tellement de noms en France que j'ai décidé de nommer mon article avec le titre d'origine: The Saga of Darren Shan. Pour ceux qui s'interrogeraient sur la multiplicité des titres, je dirais qu'après une tentative loupée et inachevée de Pocket junior de sortir ce best-steller international en France sous le titre de La parade des monstres, quelques années plus tard, Pika Edition décide de sortir l'adaptation manga sous le nom de Darren Shan. Devant le succès de ce dernier, Hachette jeunesse décide de reprendre la licence des romans sous le même titre. L'assistant du vampire est le titre de l'adaptation cinématographique qui est complètement passée inaperçue. Voilà bien une histoire semée d'embuches pour une simple œuvre irlandaise... Mais je ne suis pas là pour spéculer le pourquoi du comment cette œuvre a du attendre l'adaptation manga pour séduire le public français. Ici, je ne vais ni vous parler du manga ni du film (que je n'ai pas vu, de toute manière) mais bien de cette grande série de romans qu'est Darren Shan!

Darren est un garçon tout ce qu'il y a de plus normal à une exception près : il adore les araignées ! Et sa passion pour ces dernières va le mener, avec son ami Steve Leonard, à assister au spectacle du Cirque du Freak, où l'un des artistes, M. Crepsley, réalise une performance avec une araignée, Madame Octa. Son exaltation envers cette créature le mènera à la dérober à son propriétaire, sans penser aux conséquences...

Il est assez dur de faire un résumé de The Saga of Darren Shan, tant la série évolue: en douze tomes (soient quatre trilogies), les choses ont en effet bien le temps de changer! Là, par exemple, avec ce résumé, vous êtes incapables de savoir que cette œuvre parle de vampires! Car oui, pour abréger, cette série, écrite par Darren Shan, parlant de Darren Shan, est un fausse autobiographie de comment ce dernier est devenu un vampire et tout ce qui s'en suit.
Mais je sens déjà les gens qui en ont assez de la « Twilightmania » s'en aller! Ne craignez rien, cela n'a rien à voir (pour ce que j'en sais, hein; je n'ai ni lu Twilight, ni vu les films, alors...): alors que l'œuvre de Stephen Meyer parle d'une romance entre un vampire et une humaine, The Saga of Darren Shan se concentre bien plus sur la transformation du protagoniste d'humain à vampire et de sa découverte des us, coutumes et ennemis de ce peuple.

C'est d'ailleurs ce qui est assez intéressant dans ces romans: on découvre un univers plausible (un peu comme le monde de la magie dans Harry Potter, voir peut-être encore mieux ancré dans la réalité que ce dernier), bien construit et que l'on découvre petit à petit à travers les yeux du narrateur-protagoniste. En plus, les personnages qui le construit; humains, vampires ou membres du Cirque du Freak ont tous leur caractère propre, leur histoire, ce qui les rend attachants.
Comme je l'ai dit, les personnages et l'ambiance évoluent énormément au cours de la série; faut dire que entre le premier et le douzième tome, à peu près trente ans se sont écoulés! Darren ne va pas garder sa mentalité de gamin de douze ans toute sa vie, non plus! D'un point de vue de l'ambiance, elle s'assombrit notoirement au fil des tomes, ce qui peut plaire aux uns et déplaire aux autres. Personnellement, ça m'a plu. J'aime quand les choses évoluent.

Il faut tout de même noter un léger défaut: alors que la première moitié de l'œuvre est très « réaliste » (enfin, « réaliste »... On parle de vampires tout de même, ça peut pas être réaliste...), un certain manichéisme s'instaure vers la troisième trilogie, ce qui m'a légèrement déçue. En outre, certains développements d'intrigues sont un peu trop prévisibles. On peut aussi parler de certaines « faiblesses » dans l'histoire: tous les tomes ne sont pas excellentissimes, et certains font donc pale figure face à leurs prédécesseurs et à leurs successeurs, ce que je trouve bien dommage.

J'ai néanmoins un salut, un hommage, des félicitations à proclamer haut et fort: la fin! Je ne vous révèlerai rien de l'intrigue, ceci n'étant pas mon objectif, mais l'issue, le final, l'aboutissement de cette œuvre est un coup de maître. Je n'ai pas pour habitude d'apprécier les fins, étant souvent incomplètes, niaises ou trop tristes, mais là, là; je tire mon chapeau et je m'incline bien bas. C'est tout bonnement magnifique.

Sur cette note positive sur le fond, parlons de la forme. D'un point de vue écriture, c'est vraiment bien rédigé, agréable à lire et pour ceux pour qui ça intéresseraient de commencer à lire des livres en anglais, histoire de perfectionner leur maîtrise de la langue, je pense que c'est un bon début, n'employant presque pas de vocabulaire peu courant. (Du moins, je crois...)
De plus, c'est vivant. Par définition, la narration à la première personne nous plonge davantage dans l'histoire; mais là, c'est vraiment bien mené. Par exemple, lorsque le héros est en danger de mort, il ne va pas vous décrire le paysage environnant (j'ai déjà vu ça...); non, le rythme de narration deviendra plus vif, il parlera en phrases nominales; tout sera porté sur ce qui importe au narrateur pour l'instant: sa survie. Ce qui fait qu'on est beaucoup plus entrainé dans l'action, rendant ainsi la lecture plus plaisante.

Parlons un peu de la longueur, pour les moins courageux. C'est vrai que, dit comme ça, douze tomes, ça peut faire peur. Mais ne vous inquiétez pas; en fait, ce n'est vraiment pas si long que ça. Si vous voulez parler en terme d'équivalence, une trilogie équivaut à peu près au tome six de Harry Potter. Alors, c'est vraiment pas insurmontable et c'est tellement passionnant qu'on oublie vite la longueur.


Résumons pour les fainéants et ceux qu'on a perdu en route: The Saga of Darren Shan est une bonne série traitant de vampires par le biais d'une fausse autobiographie. Elle met en scène des personnages intéressants et réalistes dans un monde plausible et une histoire passionnante sous la plume agréable d'un maître qui nous fait oublier que douze tomes, c'est censé être long. Mais même si l'intrigue est globalement intéressante, elle subit néanmoins quelques faiblesses par moment et peut être assez prévisible. Malgré cela, c'est une œuvre que je recommande et qui offre une vision assez différente des vampires et de leurs mœurs que ce qu'on a l'habitude de voir.