samedi 4 février 2012

Paperhouse

(Bernard Rose – 1988)

(Le trailer est en VO non sous-titré mais de toute manière, je ne vous conseille pas de le regarder...)

Ceci est un film qui me tient vraiment à cœur. Je l'ai vu il y a très longtemps et ai même cru pendant un long moment que ce n'était qu'un rêve. Après avoir découvert que non, ce n'était pas un rêve mais bien un film, j'ai du mettre tout aussi longtemps à trouver le titre de ce dernier pour pouvoir le visionner à nouveau. Le film étant peu connu, la tache fut rude, mais voilà, je sais désormais comment il s'appelle et j'ai pu ainsi le revoir pour en faire la critique ici présente.

Paperhouse fait parti des nombreuses adaptations du roman anglais de Catherine Storr, Marianne Dreams (inédit en France). La première adaptation fut une série télévisée pour les enfants de six épisodes en 1972 sortie uniquement en Grande-Bretagne intitulée Escape Into Night. Le roman fut aussi adapté en opéra écrit par l'auteur du livre elle-même et qui connu sa première représentation en 2004. Il fut ensuite réadapté en opéra par Moira Buffini, dramaturge anglais, en 2007. Paperhouse fut, quant à lui, réalisé en 1988 par l'anglais Bernard Rose et semble avoir prit plus de liberté par rapport au roman original que les autres adaptations.

Mais quelle est donc l'histoire de ce film si apprécié des anglais ? (Et seulement d'eux, malheureusement...)
L'intrigue part d'un principe assez simple: Anna, petite fille atteinte d'une maladie qui l'oblige à rester au lit, trompe son ennui en dessinant une maison. C'est alors qu'en dormant, elle rêve d'une maison qui ressemble étrangement à son dessin...

 La maison par laquelle tout commence...

Il est assez difficile de faire le synopsis de ce film tant l'histoire est progressif. Les choses évoluent au fur et à mesure que la jeune fille dessine, les nouveaux éléments apparaissant alors dans son rêve. Mais cela ne veut pas dire qu'elle contrôle tout...

C'est vraiment un film qui tient grâce à son ambiance. En cela, la musique composée par Hans Zimmer et Stanley Myers joue un rôle d'une importance capitale. Elle ne s'écoute pas vraiment en dehors du film, mais dedans, elle a une place majeure.
La mise en scène aussi est vraiment bien faite. La transition entre le rêve et la réalité est parfois même impressionnante et le rapport entre les deux de plus en plus exigu.
L'ambiance est aussi portée grâce à l'aspect progressif du film: le rêve finit en effet par tourner au cauchemar même si l'héroïne elle-même ne se sentait pas en sécurité depuis le début... Une angoisse constante s'instaure ainsi, ce qui nous permet de nous plonger davantage dans le film et de suivre les aventures des héros avec intérêt, mélangé à une anxiété grandissante.
Les acteurs aussi ne sont vraiment pas mauvais. Les deux acteurs principaux, Charlotte Burke et Elliott Spiers, n'ont pas joué de grand rôle après (et avant) ce film, l'une pour des raisons inconnues (du moins, je n'ai pas trouvé) et l'autre à cause d'une maladie mentale qui lui ôta la vie à l'âge de 20 ans (1994). Néanmoins, ils arrivent à nous faire croire en leur personnage et sont vraiment convaincants. Ben Cross (dont je ne révélerait pas le rôle pour garder la surprise) jouera aussi de façon magistrale dans ce film.


En conclusion, ce film est excellent. L'idée d'origine – une fille qui retrouve les éléments de son propre dessin dans ses rêves – est vraiment bonne et bien mise en scène, l'ambiance progressif et oppressante est appuyée par une musique qui la sublime et les acteurs maîtrise très bien leur jeu.
J'avoue avoir été très laconique dans ma critique, surtout au niveau de l'histoire, mais c'est parce que je pense que c'est le genre de film dont il ne faut rien savoir avant de commencer à le regarder (d'où la quasi absence de screenshot et ma répugnance à l'idée que vous regardiez le trailer, qui en montre beaucoup trop à mon goût...) même si c'est dur de le faire regarder sans rien dire...
Ce film est sans doute l'une des œuvres qui m'a le plus marquée alors il va sans dire que je le conseille à tous et que même je ne souhaite que le faire connaître à un maximum de gens.

vendredi 23 décembre 2011

Le monde de Sophie

(Jostein Gaarder – publié en France en 1995)


Il y a assez longtemps, pendant que je lisais La République de Platon (oui, j'ai des folies comme ça...), on m'avait parlé de ce livre. Sur le coup, j'avoue ne pas avoir fait très attention; on m'avait dit que c'était un livre qui traitait de philosophie et qui était assez abstrus. Déjà, avec La République, j'étais servie alors j'avais plutôt en tête de finir rapidement le pavé que je lisais pour aller m'abrutir avec autant de BD niaises ou comiques que possible après.
Puis, bien plus tard, on m'en a de nouveau parlé mais cette fois-ci, pour me le conseiller, étant, me disait-on, un bon livre d'initiation à la philosophie (qui est l'une des matières qui m'intriguait le plus au lycée). Cette fois-ci, j'ai écouté mon entourage et je l'ai acheté pour le lire. C'est ainsi que je peux vous parler de ce livre initiatique norvégien.


Le monde de Sophie est en effet une bonne initiation à la philosophie. Il raconte l'histoire de Sophie, une jeune fille banale de 14 ans, qui trouve un jour dans sa boîte aux lettres une lettre où il y était simplement écrit « qui es-tu ? ». Elle commence ainsi à s'initier à la philosophie, grâce à cette correspondance mystérieuse grâce à laquelle elle reçoit des cours de philosophie, tout en essayant de résoudre certains mystères, comme l'identité de l'expéditeur...
Pour moi, ce roman se coupe en deux parties assez distinctes: dans la première partie, les cours de philosophie que Sophie reçoit ont une grande importance, au point que tout ce qui se passe autour peut paraître inutile et dans la deuxième partie, c'est l'histoire du roman qui reprend le dessus et qui s'avère étonnamment bien (oui, je ne m'y attendais pas du tout, personnellement...).

L'histoire, en effet, est bien menée et est vraiment intéressante. Les cours de philosophie, quant à eux, sont bien rédigés et sont beaucoup plus agréables à lire qu'un livre scolaire, je peux vous l'affirmer. En outre, je pense que c'est une bonne idée d'initier les gens à ce domaine par le roman, puisque les romans touchent n'importe qui.
Néanmoins, comme il est relativement épais (618 pages aux éditions Points), il peut faire fuir certains lecteurs du dimanche. De plus, je pense que pour que quelqu'un se lance dans ce livre, c'est qu'il est déjà un peu intéressé par la philosophie; il n'est donc pas aussi ignorant dans ce domaine que l'est l'héroïne au début du roman.

Pendant que j'en suis à parler de l'héroïne, parlons des personnages. Ils sont... fades. Inintéressants. Ce n'est même pas qu'ils sont banaux, c'est juste qu'ils sont vides. On ne s'attache pas du tout à eux. De plus, ils ont parfois des réactions complètement décalées. Prenons l'exemple de Sophie: elle reçoit des cours de philosophie et elle le cache à ses parents. Mais pourquoi donc le cache-t-elle à ses parents ? C'est pas un crime de recevoir des cours de philo, non ? Et puis, qui peut bien réfléchir à la question « qui es-tu ? » écrite sur une lettre anonyme aussi sérieusement ?
Enfin bref, les protagonistes ne sont donc pas attachants. Et c'est d'ailleurs un point à souligner: On apprécie ce livre intellectuellement, et non sentimentalement. L'histoire est intéressante car bien pensée mais en aucun cas parce qu'elle nous touche. Le livre nous porte à réfléchir, et non à sentir.

L'auteur est en effet professeur de philosophie et d'histoire des idées avant d'être romancier et le but de son roman étant l'initiation à la philosophie, il porte plus à la réflexion qu'à autre chose. Cependant, ce n'est pas non plus un livre philosophique de Platon ou de Schopenhauer. On n'est pas obligé d'être constamment concentré sur chaque mot que l'on lit afin de bien comprendre ce qu'ils (sous-)entendent. Non, cela reste un roman adressé aux adolescents où l'écriture est fluide et où le livre se lit très bien, même dans un état de fatigue avancé.


Pour conclure, Le monde de Sophie est un roman très intéressant qui initie très bien à la philosophie (puisque c'est son but) grâce notamment à son écriture fluide et à une histoire qui met certes longtemps à se dévoiler mais qui s'avère passionnante. Mais il faut souligner que ce roman s'apprécie principalement intellectuellement et non parce que les personnages sont attachants, puisqu'ils ne le sont pas. De plus, la longueur, le fait qu'il traite de philosophie ainsi que la prépondérance des cours de philosophie dans la première moitié du roman peut en rebuter certains, même si c'est ce qui m'a encouragé à le lire.
Je le conseille donc tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à la philosophie ou du moins qui n'ont aucun à priori négatif sur le sujet.

lundi 21 novembre 2011

Le pornographe

(Bertrand Bonello – 2001)

Réalisé en 2001 par le célèbre Bertrand Bonello (soit dit, en passant, je ne le connaissais pas...), Le pornographe est un film franco-canadien relatant la vie de Jacques, un réalisateur de films pornographiques très en vogue dans les années soixante-dix, qui se remet par contrainte à la réalisation après plusieurs années d'absence.

J'avoue avoir abordé ce film avec un sacré à priori ; le titre peut vous en expliciter la cause... Néanmoins, on m'a tellement vanté le réalisateur que je me suis dit : « Après tout, Habemus Papam est un bon film malgré le thème religieux ostentatoire alors pourquoi Le pornographe ne le serait-il pas ? ». De plus, Tim Burton a fait un plutôt bon film sur le « plus mauvais cinéaste de toute l'histoire du cinéma », Ed wood, alors pourquoi un film sur un cinéaste pornographique serait-il obligatoirement mauvais ?
Je constate que cette fois-ci, j'aurais du me fier à mon sentiment initial et laisser de côté toute justification et réflexion... Mais pourquoi ?

Même si l'histoire – la vie d'un pornographe qui reprend son métier – n'a pas l'air passionnante à mon goût, on trouve de bon films avec des synopsis semblable à celui-là tel que Ed wood précédemment cité.
Néanmoins, ces films requiert des répliques vivaces, un rythme prenant, un jeu d'acteurs maîtrisé, ce que Le pornographe n'a pas. Les dialogues sont tellement creux qu'on dirait des écoliers récitant devant leur maîtresse un poème appris par cœur la veille sans en comprendre un mot. Le jeu des acteurs va avec les dialogues : On dirait des automates ! Au début, j'ai cru que c'était fait exprès ; le film commençant effectivement sur une scène de tournage d'un des films du protagoniste et comme les films pornographiques ne sont pas connus pour être des trésors de répliques bien menées... Mais non ! C'est comme ça pendant tout le film ! Seul l'acteur principal, Jean-Pierre Léaud, amortit la casse mais si on fonce dans le mur à 120km/h, qu'on appuie sur le frein 10m avant ou pas, on se le prend quand même...

De plus, d'un point de vue cinématographique, je n'y connais pas grand chose, mais j'ai eu l'impression qu'il y avait beaucoup de plans fixes dénués d'intérêt ou de scènes prolongées inutilement. Par exemple, le film a du se concentrer (en un plan fixe, en plus) pendant environ 5-10 minutes sur une des scènes « chaudes » du tournage du film du pornographe. Cela n'a aucun intérêt ! Ça ne fait pas avancer l'histoire, et on s'en moque que deux acteurs de porno fassent leur travail !
Autre chose à ne pas omettre de signaler : Ce film n'est PAS tout public. Les scènes pornographiques ne sont pas censurées pour un sou. Donc si vous êtes mineurs ou que vous avez des enfants, évitez normalement... (enfin, comme on me l'a judicieusement fait remarquer, à priori, pour voir un film titré Le pornographe, on n'emmène pas ses enfants avec soi...)
Enfin, toujours dans les maladresses, le film est trop tronqué. On passe d'un événement à un autre qui parfois le suit, parfois le précède. Parfois, cet événement est évoqué dans la scène juste avant, mais il est montré quand même etc. Ça fausse un peu la compréhension du film, je trouve. De même, en passant d'une scène à l'autre, la musique ne suit pas forcément. Si dans une scène il y a besoin de musique et que dans la suivante non, la musique, au lieu de fondre en douceur, s'arrêtera brusquement, sans aucune transition. Là aussi, ça casse un peu le rythme...

Pour résumer, Le pornographe de m'a pas plu. Le déroulement du film est chaotique, les répliques sont creuses, les acteurs sont mauvais, exception faite pour Jean-Pierre Léaud, et je me suis franchement ennuyée. Je ne le conseille donc pas.

mercredi 26 octobre 2011

The Artist

(Michel Hazanavicius- 2011)


De nos jours, il est certain que le cinéma muet paraît être d'un autre temps. Quelques réalisateurs américains récents s'y sont replongés par nostalgie, Mel Brooks avec La Dernière Folie de Mel Brooks (1976) ou encore Charles Lane avec Sidewalk Stories (1989) mais on considère, à juste titre, les films muets comme une époque révolue depuis Le chanteur de Jazz (1927), l'un des premiers films parlant.
Cependant les américains ne sont pas les seuls à vouloir déterrer le genre : le réalisateur français, Michel Hazanavicius, connu pour les OSS 117, décide lui aussi de produire un film muet : The Artist.


The Artist raconte la vie d'un acteur muet reconnu, interprété par Jean Dujardin, lors de l'avènement du parlant. Même si le thème a déjà été abordé par le passé (Chantons sous la pluie en 1952), le fait de l'aborder de nos jours en noir et blanc et en muet est plutôt original. Mais est-il bon pour autant ?

Abordons tout d'abord le jeu des acteurs ; en effet, dans un film muet, finalement, ce sont eux qui porte le film, davantage encore que pour un film sonore. Je dois dire qu'ici, le film s'en sort très bien : les acteurs sont vraiment bons. Bien sûr, le protagoniste principal, joué par Jean Dujardin, est très bien interprété mais les personnages secondaires comme le majordome (James Cormwell) et le producteur (John Goodman) s'en sort eux aussi avec les honneurs. L'héroïne de l'histoire, interprétée par Bérénice Bejo, s'avère être la mieux interprétée de tous, à mon goût, son jeu étant très expressif.

L'autre point fort du film est sans aucun doute la mise en scène. Le réalisateur a beaucoup joué avec le cadre, reprenant des techniques cinématographiques des années 1910, l'éclairage, les reflets et ombres et aussi avec le son. En effet, même si le film est muet, on a tout de même la capacité à le rendre sonore, et ceci est divinement bien exploité dans ce film racontant la transition entre muet et sonore.
Toutes ces méthodes d'éclairage et de mise en scène sont aussi exploités d'un point de vue symbolique, renforçant l'histoire et les sentiments des personnages.

On peut aussi noter que Michel Hazanvicius s'est amusé à mettre des références à d'autres films dans son œuvre. Il les introduit de différentes manières : pour s'amuser (The Mask) ou pour renforcer l'action de son film (Vertigo). Finalement, ceci s'adapte très bien à The Artist, puisque le contexte cinématographique est conservé, voir renforcé.

Néanmoins ce film n'a pas que des qualités ; l'un des gros points noirs de ce film est sans doute sa longueur. Non pas qu'on s'ennuie en le regardant, loin de là, que l'histoire est inintéressante, non. Le problème, c'est qu'à un moment, ça traîne. Ils auraient du décider d'engager la fin à un certain passage que je ne révélerai pas et ne pas insister sur la deuxième partie du film. D'autant plus que ça collait mieux avec la conclusion qu'avait trouvé le héros à ce moment.
En outre, en insistant autant, cela rend la fin peu crédible voir même qui ne correspond pas au personnage. Ça fait vraiment : « Bon sang, mais c'est bien sûr ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt !? » et décrédite tout l'aspect dramatique du film.


Pour conclure, The Artist est un bon film. L'idée de faire un film muet en noir et blanc de nos jours est osée mais bien exploité par une excellente mise en scène significative et un très bon jeu d'acteur. Néanmoins, il aurait du être plus court, un moment du film alourdissant singulièrement le déroulement de l’œuvre et discréditant la fin.
Je le conseille cependant à tous ceux qui ont envie d'aller voir un film bien réalisé et original. 

mardi 4 octobre 2011

Crime et châtiment

(Fedor Dostoïevski – publié en 1866)


Attendez, ne vous enfuyez pas trop vite! Je sais que la plupart des gens pensent que Crime et châtiment est un livre long et abstrus mais lisez au moins mon avis à ce sujet! Car oui, quand quelqu'un me dit « ne lis pas ce livre, il est trop compliqué », je n'ai qu'une envie: le lire. Je suis l'incarnation de l'esprit de contradiction en personne. Mais c'est grâce à cela que je peux me permettre de vous en parler.
      Au premier abord, j'avoue que j'ai moi-même failli fuir devant le livre: 672 pages, c'est un chose, et j'ai déjà vu mieux. Néanmoins, j'avoue que la présence du « Tableau des personnages » et de la carte de Saint-Pétersbourg m'ont fait un peu peur: déjà, j'ignore si vous avez déjà vu un nom russe, mais quand vous ne pratiquez pas la langue et que vous ne l'aviez presque jamais côtoyée de près comme de loin, cela paraît long, incompréhensible et impossible à retenir. Alors quand vous en avez une petite trentaine sous les yeux, c'est assez effrayant... Ensuite, c'était comme si leur présence me disait « Oh, tu veux tenter de lire ce livre ? Voici les outils nécessaires à sa compréhension. Bonne chance! » avec une voix sarcastique. J'ai cependant surmonté mon appréhension et m'y suis lancée.


L'intrigue a lieu en 1865 à Saint-Pétersbourg, capitale de l'Empire Russe. Pour vous mettre dans le contexte, à cette époque, le tsar Alexandre II était au pouvoir et il venait à peine de mettre en place quelques reformes plus « justes » au niveau de l'enseignement, du servage - aboli pour l'occasion -, et de quelques autres domaines. Mais je m'égare. Dans ce roman, nous suivons un ex-étudiant, Raskolnikov qui a interrompu ses études faute d'argent. Endetté jusqu'au cou, sentant toute le poids de la pauvreté sur ses épaules, il ne se croit pas moins doté d'un grand avenir. En effet, pour lui, tant que la finalité est louable, le moyen de l'atteindre aura beau être dépourvu de tout scrupule, il sera justifié et profitable; à condition, bien sûr, d'avoir la force morale capable de supporter de commettre cette transgression. Il va sans dire qu'il se considère lui-même comme l'un de ces « surhommes » et que le meurtre qu'il s'apprête à commettre sera pour le plus grand bien... Quoique...
     J'ai d'abord commencé par vous mettre dans le contexte historique car on peut tout de même indiquer que le roman est assez intéressant à ce sujet. Bien sûr, ce n'est pas un livre d'histoire ni un roman historique et les événements cités plus haut voir même le nom du tsar contemporain à l'action du livre ne sont pas cités; mais il faut tout de même admettre qu'on apprend beaucoup de choses sur la société russe et principalement chez les plus pauvres. De plus, l'ambiance générale de l'époque me semble bien conservée, du moins, celle du roman est réaliste (je n'ai pas vécu ni dans les années 1850 ni en Russie après tout, qu'est-ce que j'en sais ?).

Ce n'est cependant pas la vraisemblance d'un livre qui en fait sa qualité, je vous l'accorde. Alors parlons du second aspect du roman. D'un point de vue de l'intrigue pure et dure, l'œuvre se construit en deux temps, déjà annoncés par le titre : d'abord le « crime » que Raskolnikov commettra pour son idéal, puis le « châtiment » que lui infligera sa conscience pendant le reste du roman. J'ai bien dit sa conscience car en effet, Crime et châtiment peut être considéré comme un roman psychologique. On suit un personnage qui devient de plus en plus fou et paranoïaque de par sa culpabilité. Les autres personnages ne sont pas non plus inintéressants et rend le tout cohérent, vivant et une fois encore vraisemblable même si parfois, à vouloir trop critiquer les aspects noirs de sa société, l'auteur a tendance à exagérer certains traits des personnages.
    Autre point assez important au niveau des personnages et qui les rend d'autant plus intéressants: ils évoluent au cours du roman, et parfois même radicalement. Cela peut peut-être vous paraître stupide d'accentuer autant quelque chose de si naturelle et de si fréquente dans les romans d'aujourd'hui (Harry Potter, A la Croisée des Mondes, pour ne citer qu'eux), mais à l'époque où le livre est sorti, c'était une première, la tradition littéraire privilégiant l'unité et la cohérence des personnages.
Et la difficulté de la lecture qui terrifie tant de gens, alors ? Eh bien, croyez-moi ou non, je ne l'ai pas trouvé si compliqué que cela, ce roman. Je dirais même plutôt plaisant. Le style d'écriture est agréable et laisse une place importante aux dialogues, qui ont tendance à être très animés, rendant l'œuvre dynamique. Par exemple, là où un Honoré de Balzac aurait décrit la misère d'un personnage par une description de son apparence, de son lieu d'habitation, par son comportement, Dostoïevski, lui, narre l'histoire de cette misère par un alcoolique! C'est tout de même plus vivant, non ? De plus, sa narration est sans doute excellente, car pas un seul instant, je n'ai pas « senti » la canicule de l'été 1865 et la misère qui accablaient les protagonistes.

Néanmoins, j'ai quelques défauts techniques à souligner. Tout d'abord, même si personnellement, 600-700 pages, cela ne me fait pas peur, certains peuvent s'en trouver décourager, je le conçois. Il faut aussi préciser que la narration a beau très vive, l'histoire n'est pas gaie; nous parlons tout de même de « crime » et de « châtiment ». Il est possible que certaines personnes n'apprécient pas le côté sombre ('obscur' était tentant...) du roman. De plus, les noms russes sont vraiment très durs à mémoriser et il ne faut pas omettre de préciser que dans ce roman, il y a même des surnoms. Prenons le héros, par exemple. Dans la narration, on l'appelle «  Raskolnikov ». Son nom complet est « Rodion Romanovitch ». Sa famille l'appelle « Rodia ». Cela fait quatre noms (impossible) à retenir pour un seul personnage. Il y en a une trentaine... Comment voulez-vous qu'on s'y retrouve !? J'ai vraiment senti l'utilité de ce tableau de personnages, même s'il n'y a pas tous les surnoms des protagonistes... Alors cela devient vraiment agaçant de devoir presque à chaque fois retourner voir ce tableau dès qu'un nouveau personnage (ré)apparaît au bout d'un moment... Mais bon, l'auteur n'y pouvait rien, il est russe, et fier de l'être, alors...


Pour résumer pour ceux qui n'ont pas eu le courage de lire tout ce qu'il y a en haut; malgré le préjugé négatif quasi-général sur ce roman, les personnages sont profonds, humains et intéressants, le contexte est vraisemblable rendant l'histoire d'autant plus probable et réaliste, l'écriture est agréable et dynamique alors malgré les difficultés rencontrées à l'égard des noms russes trop compliqués pour mon petit cerveau, c'est une œuvre que je conseille à tous ceux qui n'ont pas peur d'affronter un roman légèrement long, sombre mais passionnant.

mercredi 14 septembre 2011

Kazan

(MIYAO Gaku – Publié en France en 2006 par Ki-oon)


Publié en sept tomes, Kazan situe son intrigue dans un monde désertique où l'eau est ce qu'il y a de plus précieux. Kazan, dernier survivant du clan nomade du Sable Rouge, erre dans ces terres à la recherche de son amie d'enfance, Elsie, enlevée par le « démon de l'eau »...

Kazan est donc une quête que mène le héros éponyme à travers son monde aride dans lequel il affrontera des ennemis, rencontrera des amis et continuera inlassablement ses recherches.
Même si on peut penser que le thème du voyage avec un objectif si lointain pourrait facilement mener à un manga épisodique, ici, il n'en n'ai rien. Chaque tome le conduit inéluctablement de plus en plus près de son objectif, à s'en demander qu'est-ce qu'il a bien pu faire pendant dix ans sans la trouver...

Néanmoins, le rythme est l'un des points forts de ce manga. L'intrigue comporte très peu voir aucun temps mort mais l'histoire ne se presse pas non plus. On sent que l'auteur avait son œuvre prévue, et qu'il n'a pas été obligé de la rallonger ou de l'écourter.
L'univers, quant à lui, tourne principalement autour de l'idée que l'eau est la plus précieuse des denrées. Néanmoins, il n'est que peu précisé dans l’œuvre, à part quelques lieux et coutumes, sa brièveté justifiant ce choix. Disons que pour une œuvre de cette longueur, l'univers est bien présenté et joue un bon rôle dans les péripéties des personnages.

Pour l'histoire en elle-même, même si elle n'est pas d'une grande originalité, on accroche étonnamment beaucoup. L'intrigue est plutôt intéressante et pimentée par des rebondissements parfois surprenants qui rendent les (més)aventures des protagonistes vraiment saisissantes.
A propos des personnages, ils sont tous très travaillés. Il est évident que le héros est un peu plus soigné que les autres ; on est plutôt bien informé de son passé, notamment. Cependant, les adjuvants ainsi que les antagonistes présentent une profondeur non négligeable qui les rendent humains, même si certains restent assez classiques.

D'un point de vue graphisme, l'auteur s'en sort plutôt bien, sans faire de merveille non plus. Le dessin est plaisant à regarder, l'action compréhensible et le style se prête plutôt bien à l’œuvre.

En conclusion, Kazan est un bon manga qui nous entraîne dans un monde aride aux côtés de Kazan et d'autres protagonistes tout aussi intéressants. Le rythme y est soutenu et l'action se poursuit ainsi sans temps mort sur sept tomes qui rendent l’œuvre ni trop longue, ni trop courte. Ainsi, même si le manga n'est pas des plus originaux, il s'en sort tout de même très bien et me pousse à le conseiller à tous ceux qui ont envie de se laisser entraîner dans une quête passionnante.

mercredi 7 septembre 2011

Habemus Papam

(Nanni Moretti – 2011)


J'avoue avoir été assez réticente à l'idée d'aller voir ce film; les oeuvres traitant aussi ostensiblement de la religion m'ont souvent déplue, soit parce que trop pieuse, soit parce que trop engagée dans l'athéisme.
Néanmoins, j'ai réussi à me convaincre d'aller le voir tout de même, ce qui me permet de le critiquer maintenant.

Mes préjugés ont été (heureusement) infirmés. Commençons par le synopsis: L'histoire se situe juste après la mort du pape Jean-Paul II. Les cardinaux doivent donc se réunir pour en élire un nouveau qui, après maintes votes, fut choisi. Cependant, juste avant de se présenter devant les fidèles, ce dernier craque: « Je n'y arrive pas! » et refuse de remplir son rôle...
C'est là toute l'originalité du film: qui aurait pu penser un seul instant qu'un pape, une « sainteté » refuserait de l'être !? Les cardinaux essayeront tout leur possible pour lui faire changer d'avis; prières, persuasion et même psychanalyse mais rien n'y fait!
On peut, en plus du comique de situation, souligner la maîtrise des dialogues ainsi que le très bon jeu des acteurs. Imaginez: Psychanalyser le pape; il y a là source de répliques hilarantes!
En ce qui concerne les acteurs, il y a pour moi deux acteurs qui portent le film: Michel Piccoli dans le rôle du pape et Nanni Monetti (accessoirement le réalisateur, d'ailleurs...) dans le rôle du psychanalyste. Piccoli permet la dimension dramatique tandis que Monetti autorise l'humour de s'y insérer. Ce sont les deux éléments qui permettent de rendre le film aussi bon.
Il n'est cependant pas excellent. Le film s'essouffle effectivement vers la fin et mène à un final qui peut décevoir. Quant aux musiques, elles ne sont que peu apparentes mais ne gênent pas non plus le spectateur.


Pour résumer et conclure, Habemus Papam est un bon film tant dans l'idée grâce à laquelle il se construit que les traits humoristiques et le jeu des acteurs, notamment Michel Piccoli et Nanni Monetti. Il s'essouffle néanmoins vers la fin et ne nous offre hélas pas une conclusion convaincante.
Je le conseille cependant à ceux qui ont envie de passe un moment agréable pour se détendre.