mercredi 4 juillet 2012

L'horrible docteur Orloff


(Jesùs Franco – 1961)



Ostensiblement inspiré du film français Les yeux sans visage sorti deux ans plus tôt, L'horrible docteur Orloff conte l'histoire de mystérieuses disparitions. En effet, en moins de deux mois, de nombreuses jeunes femmes se sont évaporées dans la nature. Derrière ce crime se cache le docteur Orloff qui cherche à redonner un visage humain à sa fille défigurée...

Pour moi, ce film est vraiment bon. A l'époque, le manque technique nécessaire à la réalisation d'effets spéciaux oblige, une grande place à l'ambiance est faite dans les films d'épouvante, ce que cette œuvre espagnole rend très bien. La réalisation, la musique, le jeu des acteurs, tout nous permet de nous plonger dans ce monde où le crime est commis impunément.
Et l'ambiance, c'est ce qu'il y a de plus important dans ce genre de film, en mon sens. Qu'importe le reste, tant que l'ambiance est là. Cela dit, ici, le « reste » n'est pas négligé non plus. L'histoire est vraiment bien et sait se révéler en gardant un certain voile de mystère. Certaines idées de personnages (que je ne dévoilerai pas) sont aussi excellentes et contribuent elles aussi à l'ambiance si réussie du film.

Ceci étant dit, ce film présente hélas un véritable défaut, une plaie monumentale: la fin. Je ne sais pas pourquoi (manque de budget ? Manque de bobine ?), mais la fin est bâclée, loupée, stéréotypée au plus haut degré, à tel point que ça en devient parodique. Cette conclusion discrédite complètement le film, ce qui est vraiment dommage, puisque le reste est de qualité...

Pour résumer, ce film est vraiment bon dans son ensemble. L'ambiance, ce qui importe le plus dans les films d'épouvante, est vraiment réussie grâce à la réalisation, à la musique, à certaines bonnes idées glissées par-ci par-là et bien sûr aux acteurs. De plus, l'histoire non plus n'est pas délaissée.
Néanmoins, ce film présente aussi une des fins les plus décevantes que j'ai jamais vu, d'autant plus que le reste est bon.
Alors je le conseille à tous, mais je m'excuse pour le réalisateur de la nullité de la fin.

samedi 9 juin 2012

Millénium


(Stieg Larsson – 2005-2008)


Best-steller international, Millénium est sans doute l’œuvre qui a permis au grand public de s'intéresser aux ouvrages scandinaves et donc d'ouvrir une nouvelle voie aux éditeurs. L'auteur, quant à lui, était un journaliste engagé, notamment dans la lutte contre les idées d'extrême droite, et mourra prématurément quelques mois après avoir livré sa trilogie au plus grand éditeur suédois.
Le succès étant au rendez-vous, la saga connaîtra une adaptation cinématographique suédoise des trois tomes sur grand écran et une adaptation radiophonique sur France Culture du premier tome. Cette année, la série est de nouveau portée sur les écrans par les américains cette fois.
Mais je ne vais ici pas vous parlez des films ni de la lecture du livre par France Culture mais bien de ces romans suédois qui ont fait tant de bruit.

Mikael Blomkvist, rédacteur du journal économique Millénium, est condamné pour diffamation à cause d'un de ses articles sur un grand industriel suédois. Voulant s'éloigner de tout temporairement, il accepte un travail qui sort de l'ordinaire : Il doit relancer une enquête abandonnée il y a plus de quarante ans où la nièce de son employeur a disparu, sans doute assassinée.
En parallèle, on suit une jeune femme rebelle et peu commune, Lisbeth Salander. Considérée par la société comme incapable et mise sous tutelle, elle possède néanmoins des capacités hors pair telle que ses compétences pour mener des Enquêtes Sur la Personne, travail qu'elle fait pour le compte de Milton Security, une agence de sécurité privée.

La grande force de ce roman réside dans ses personnages et notamment en la personne de Lisbeth. Sa personnalité si atypique mais ses sentiments si naturelles font d'elle un personnage à la fois intriguant et attachant. On peut pratiquement affirmer que les livres tournent autour d'elle ; ce qui est d'autant plus vrai à partir du deuxième tome.
Mais la série ne se limite pas à ces personnages, loin de là. L'intrigue elle-même est très prenante et pleine de rebondissements. L'auteur a même pensé à donner des plans, des arbres généalogiques ou autres au lecteur pour que celui-ci se repère mieux voir même tente de résoudre le mystère (ce qui est pratiquement impossible, au passage...). Il faut tout de même préciser que l'intrigue est sombre. La Suède décrite par Larsson ne donne vraiment pas envie d'y aller et les personnages eux-mêmes ont tous un côté, si ce n'est malsain, au moins dérangeant.

Mais que demander de plus à une excellente histoire menée par des personnages charismatiques ? Un bon style bien sûr !
Sans être du grand art littéraire, le style de l'auteur est simple mais efficace. Le livre se lit facilement. Même si trois tomes peut paraître long à certains, la lecture est rapide et on en redemande rapidement d'autre.

D'ailleurs, c'est pratiquement le seul défaut de l’œuvre : On en redemande d'autre. L'auteur est mort trop tôt ; il n'avait pas prévu de finir sa série en trois tomes mais bien de continuer, ce qui laisse à la fin du troisième tome, même si l'affaire est terminée, une impression de trop peu, à mon goût...


En conclusion, Millénium n'a pas volé son titre de best-steller : En plus d'une intrigue accrocheuse mais sombre, Stieg Larsson met en scène des personnages humains et attachants sous sa plume efficace.
Le défaut principal de l’œuvre est sans doute ce goût de trop peu qui nous assaillit à la fin du troisième tome et peut-être l'ambiance trop sombre et violente pour être conseillé à tout le monde. Néanmoins, cette ambiance fait partie intégrante de l'intrigue, donc je ne saurais dire que ce soit véritablement un « défaut »...
En tout cas, je conseille cette trilogie a un maximum de personnes, mais pas trop sensible non plus...

dimanche 13 mai 2012

Hugo Cabret


(Martin Scorsese – 2011)


Hugo Cabret, adaptation du livre pour enfants L'invention de Hugo Cabret écrit par Brian Selznick et publié en France aux éditions Bayard Jeunesse, se déroule dans les années 1930 où le père horloger du jeune garçon éponyme au film est mort. Depuis, ce dernier vit caché dans les horloges de la gare Montparnasse qu'il règle pour le compte de son oncle ivrogne. Mais sa préoccupation est autre ; il ne garde en effet de son père qu'un automate défectueux, qu'il tente de réparer, comme son père avant lui...

Initialement, je me suis intéressée à ce film non pas pour son synopsis dont j'ignorais tout mais pour ses décors : lorsque j'avais vu la bande annonce, ce qui m'avait frappé, c'était cette ambiance rétro avec la multitude d'engrenages garnissant la mansarde où habite Hugo.


Sur ce point, il n'y a vraiment pas de quoi être déçu ; les décors sont détaillés et conservent à merveille l'image romanesque que nous avons de cette époque. La gare, car c'est là que l'histoire se concentre, elle-même semble vivante et animée, par ces décors somptueux mais aussi par ces personnages.
Ces derniers, notamment les secondaires, sont des concentrés de stéréotypes, mais ce n'est ici pas un mal : ils incarnent là encore l'image que l'on a des gares de ces années-là.

 Ces quatre personnages incarnent à eux seuls tout l'esprit de la gare Montparnasse des années d'après guerre.

Le réalisateur en profite même pour faire quelques clins d'oeil sur certains événements de cette époque, notamment un certain accident ferroviaire de 1895 :

 Avouez que la ressemblance est frappante...

Même si au début je ne mettais intéressée qu'à cela, le film n'est pas bon que pour son ambiance. Son histoire est elle aussi plutôt prenante. Bien que les personnages principaux sont eux aussi plutôt classiques, on se surprend à être entraîné dans leurs aventures et à encourager leur démarche. L'histoire prend de plus une tournure qui m'a surprise, m'attendant à un déroulement plus conventionnel.
Quant aux personnages, le héros, Quasimodo des temps modernes en moins laid, est assez attachant et les adjuvants sont réalistes bien que certains un peu superficiels. J'accorde cependant une mention spéciale au personnage incarné par Ben Kingsley qui est à la fois profond, humain et attachant.

Pour résumer, Hugo Cabret est un bon film, sans être exceptionnel. Martin Scorsese joue avec les ficelles des différents stéréotypes pour nous présenter une ambiance idyllique des années 1930 par ces décors et ces personnages secondaires. La trame même du film s'avère plutôt convenable, sans être extraordinaire non plus. Elle présente cependant une tournure qui m'a surprise mais pas déplue.
Les personnages principaux, sans être d'une originalité époustouflante, sont plutôt attachants et surtout humains, bien que certains d'entre eux sont assez lisses.
Je pense donc pouvoir conseiller ce film à tous ceux qui veulent passer un bon moment sans se prendre la tête et en se laissant transporter par la magie des années 1930.

samedi 24 mars 2012

Lawrence d'Arabie

(David Lean – 1962)


(Je m'excuse d'avance pour la qualité variable des screenshots; ils ne sont pas de moi, vu que je l'ai vu au cinéma, je n'ai pas pu en prendre...)

Réalisé en 1962 par David Lean, Lawrence d'Arabie relate l'épisode qui rendit T.E. Lawrence légendaire et tire la plupart de ses faits du récit autobiographique de Lawrence titré Les sept piliers de la sagesse.

Thomas Edward Lawrence est un officier britannique avec l'originalité qu'il s'intéresse grandement à la culture arabe ainsi qu'à son histoire. Cette passion le fera nommer agent de liaison avec les forces arabes. En effet, en pleine Première Guerre Mondiale, les britanniques avaient tout intérêt à soutenir l'insurrection arabe ; l'empire ottoman, allié des Allemands, s'affaiblira au niveau du front européen pour s'occuper de ses problèmes internes. Ainsi, on suit dans cet œuvre les tribulations de Lawrence qui mène la révolte aux côtés des chérifs – descendants de Mahomet du côté de Fatima – arabes.

T.E. Lawrence, l'homme qui portera la révolte arabe.

Pour moi, Lawrence d'Arabie est un grand film. Il raconte avec brio la légende d'un homme à la fois brave, courageux mais qui évolue et possède aussi ses faiblesses, ce qui donne au film un incroyable réalisme.
D'ailleurs, le réalisme semble être le mot d'ordre pour ce film. David Lean était en effet prêt à filmer l'intégralité du film en terres arabes et un imam – prêtre musulman – fut même présent lorsque le Coran fut cité, afin qu'il n'y ait aucune erreur. Néanmoins, des problèmes pécuniaires et de santé de son équipe l'obligèrent à tourner quelques scènes en Espagne. Cela n'empêche cependant pas que les décors désertiques sont absolument splendides.

Une traversée du désert en chameau sous le soleil couchant, toute une aventure...


Certains pourraient reprocher au film d'être assez long, notamment lors de la traversée du désert, l'action y étant alors peu présente, mais je ne pense pas que ce soit un défaut. Le film prend ainsi le temps de placer l'ambiance et le décor.
On peut aussi souligner les costumes qui sont absolument magnifiques, à tel point que même si la plupart des acteurs, même parmi ceux qui jouent les Arabes, sont britanniques, ils ont l'air de natifs.
Par ailleurs, les acteurs sont aussi divinement bons. On retrouve des acteurs célèbres tels que Alec Guiness mais aussi des acteurs beaucoup moins connus à l'époque, comme Peter O'Toole, dont l'interprétation de Lawrence lui ouvrira de nombreuses portes dans sa carrière d'acteur de cinéma.
Autre point majeur de Lawrence d'Arabie, et sans doute sa qualité la plus connue : la musique. Composée et dirigée par Maurice Jarre, comme souvent dans les films de David Lean, le thème du film fait partie des plus grands thèmes que le cinéma est jamais connu et est considérée par l'association American Film Institute comme le troisième meilleur thème de films américains.

Pour conclure, Lawrence d'Arabie est un grand film présentant un moment historique avec toute l'expertise de David Lean et de son équipe où le réalisme est ce qu'il y a de plus important. La musique, culte, est restée dans les annales ainsi que le film lui-même.
Cependant sa longueur, 3h42, peut faire peur. Cela est du principalement à l'action décrite, qui dure longtemps (on ne reconquit pas un pays en deux jours...) et au fait que le réalisateur prend le temps de planter le décor, notamment lors de la traversée du désert.
Je conseille donc ce film à tous ceux qui ont envie de voir un film culte qui en met plein la vue avec des décors somptueux, et qui sont assez courageux pour regarder un film assez long.

samedi 4 février 2012

Paperhouse

(Bernard Rose – 1988)

(Le trailer est en VO non sous-titré mais de toute manière, je ne vous conseille pas de le regarder...)

Ceci est un film qui me tient vraiment à cœur. Je l'ai vu il y a très longtemps et ai même cru pendant un long moment que ce n'était qu'un rêve. Après avoir découvert que non, ce n'était pas un rêve mais bien un film, j'ai du mettre tout aussi longtemps à trouver le titre de ce dernier pour pouvoir le visionner à nouveau. Le film étant peu connu, la tache fut rude, mais voilà, je sais désormais comment il s'appelle et j'ai pu ainsi le revoir pour en faire la critique ici présente.

Paperhouse fait parti des nombreuses adaptations du roman anglais de Catherine Storr, Marianne Dreams (inédit en France). La première adaptation fut une série télévisée pour les enfants de six épisodes en 1972 sortie uniquement en Grande-Bretagne intitulée Escape Into Night. Le roman fut aussi adapté en opéra écrit par l'auteur du livre elle-même et qui connu sa première représentation en 2004. Il fut ensuite réadapté en opéra par Moira Buffini, dramaturge anglais, en 2007. Paperhouse fut, quant à lui, réalisé en 1988 par l'anglais Bernard Rose et semble avoir prit plus de liberté par rapport au roman original que les autres adaptations.

Mais quelle est donc l'histoire de ce film si apprécié des anglais ? (Et seulement d'eux, malheureusement...)
L'intrigue part d'un principe assez simple: Anna, petite fille atteinte d'une maladie qui l'oblige à rester au lit, trompe son ennui en dessinant une maison. C'est alors qu'en dormant, elle rêve d'une maison qui ressemble étrangement à son dessin...

 La maison par laquelle tout commence...

Il est assez difficile de faire le synopsis de ce film tant l'histoire est progressif. Les choses évoluent au fur et à mesure que la jeune fille dessine, les nouveaux éléments apparaissant alors dans son rêve. Mais cela ne veut pas dire qu'elle contrôle tout...

C'est vraiment un film qui tient grâce à son ambiance. En cela, la musique composée par Hans Zimmer et Stanley Myers joue un rôle d'une importance capitale. Elle ne s'écoute pas vraiment en dehors du film, mais dedans, elle a une place majeure.
La mise en scène aussi est vraiment bien faite. La transition entre le rêve et la réalité est parfois même impressionnante et le rapport entre les deux de plus en plus exigu.
L'ambiance est aussi portée grâce à l'aspect progressif du film: le rêve finit en effet par tourner au cauchemar même si l'héroïne elle-même ne se sentait pas en sécurité depuis le début... Une angoisse constante s'instaure ainsi, ce qui nous permet de nous plonger davantage dans le film et de suivre les aventures des héros avec intérêt, mélangé à une anxiété grandissante.
Les acteurs aussi ne sont vraiment pas mauvais. Les deux acteurs principaux, Charlotte Burke et Elliott Spiers, n'ont pas joué de grand rôle après (et avant) ce film, l'une pour des raisons inconnues (du moins, je n'ai pas trouvé) et l'autre à cause d'une maladie mentale qui lui ôta la vie à l'âge de 20 ans (1994). Néanmoins, ils arrivent à nous faire croire en leur personnage et sont vraiment convaincants. Ben Cross (dont je ne révélerait pas le rôle pour garder la surprise) jouera aussi de façon magistrale dans ce film.


En conclusion, ce film est excellent. L'idée d'origine – une fille qui retrouve les éléments de son propre dessin dans ses rêves – est vraiment bonne et bien mise en scène, l'ambiance progressif et oppressante est appuyée par une musique qui la sublime et les acteurs maîtrise très bien leur jeu.
J'avoue avoir été très laconique dans ma critique, surtout au niveau de l'histoire, mais c'est parce que je pense que c'est le genre de film dont il ne faut rien savoir avant de commencer à le regarder (d'où la quasi absence de screenshot et ma répugnance à l'idée que vous regardiez le trailer, qui en montre beaucoup trop à mon goût...) même si c'est dur de le faire regarder sans rien dire...
Ce film est sans doute l'une des œuvres qui m'a le plus marquée alors il va sans dire que je le conseille à tous et que même je ne souhaite que le faire connaître à un maximum de gens.

vendredi 23 décembre 2011

Le monde de Sophie

(Jostein Gaarder – publié en France en 1995)


Il y a assez longtemps, pendant que je lisais La République de Platon (oui, j'ai des folies comme ça...), on m'avait parlé de ce livre. Sur le coup, j'avoue ne pas avoir fait très attention; on m'avait dit que c'était un livre qui traitait de philosophie et qui était assez abstrus. Déjà, avec La République, j'étais servie alors j'avais plutôt en tête de finir rapidement le pavé que je lisais pour aller m'abrutir avec autant de BD niaises ou comiques que possible après.
Puis, bien plus tard, on m'en a de nouveau parlé mais cette fois-ci, pour me le conseiller, étant, me disait-on, un bon livre d'initiation à la philosophie (qui est l'une des matières qui m'intriguait le plus au lycée). Cette fois-ci, j'ai écouté mon entourage et je l'ai acheté pour le lire. C'est ainsi que je peux vous parler de ce livre initiatique norvégien.


Le monde de Sophie est en effet une bonne initiation à la philosophie. Il raconte l'histoire de Sophie, une jeune fille banale de 14 ans, qui trouve un jour dans sa boîte aux lettres une lettre où il y était simplement écrit « qui es-tu ? ». Elle commence ainsi à s'initier à la philosophie, grâce à cette correspondance mystérieuse grâce à laquelle elle reçoit des cours de philosophie, tout en essayant de résoudre certains mystères, comme l'identité de l'expéditeur...
Pour moi, ce roman se coupe en deux parties assez distinctes: dans la première partie, les cours de philosophie que Sophie reçoit ont une grande importance, au point que tout ce qui se passe autour peut paraître inutile et dans la deuxième partie, c'est l'histoire du roman qui reprend le dessus et qui s'avère étonnamment bien (oui, je ne m'y attendais pas du tout, personnellement...).

L'histoire, en effet, est bien menée et est vraiment intéressante. Les cours de philosophie, quant à eux, sont bien rédigés et sont beaucoup plus agréables à lire qu'un livre scolaire, je peux vous l'affirmer. En outre, je pense que c'est une bonne idée d'initier les gens à ce domaine par le roman, puisque les romans touchent n'importe qui.
Néanmoins, comme il est relativement épais (618 pages aux éditions Points), il peut faire fuir certains lecteurs du dimanche. De plus, je pense que pour que quelqu'un se lance dans ce livre, c'est qu'il est déjà un peu intéressé par la philosophie; il n'est donc pas aussi ignorant dans ce domaine que l'est l'héroïne au début du roman.

Pendant que j'en suis à parler de l'héroïne, parlons des personnages. Ils sont... fades. Inintéressants. Ce n'est même pas qu'ils sont banaux, c'est juste qu'ils sont vides. On ne s'attache pas du tout à eux. De plus, ils ont parfois des réactions complètement décalées. Prenons l'exemple de Sophie: elle reçoit des cours de philosophie et elle le cache à ses parents. Mais pourquoi donc le cache-t-elle à ses parents ? C'est pas un crime de recevoir des cours de philo, non ? Et puis, qui peut bien réfléchir à la question « qui es-tu ? » écrite sur une lettre anonyme aussi sérieusement ?
Enfin bref, les protagonistes ne sont donc pas attachants. Et c'est d'ailleurs un point à souligner: On apprécie ce livre intellectuellement, et non sentimentalement. L'histoire est intéressante car bien pensée mais en aucun cas parce qu'elle nous touche. Le livre nous porte à réfléchir, et non à sentir.

L'auteur est en effet professeur de philosophie et d'histoire des idées avant d'être romancier et le but de son roman étant l'initiation à la philosophie, il porte plus à la réflexion qu'à autre chose. Cependant, ce n'est pas non plus un livre philosophique de Platon ou de Schopenhauer. On n'est pas obligé d'être constamment concentré sur chaque mot que l'on lit afin de bien comprendre ce qu'ils (sous-)entendent. Non, cela reste un roman adressé aux adolescents où l'écriture est fluide et où le livre se lit très bien, même dans un état de fatigue avancé.


Pour conclure, Le monde de Sophie est un roman très intéressant qui initie très bien à la philosophie (puisque c'est son but) grâce notamment à son écriture fluide et à une histoire qui met certes longtemps à se dévoiler mais qui s'avère passionnante. Mais il faut souligner que ce roman s'apprécie principalement intellectuellement et non parce que les personnages sont attachants, puisqu'ils ne le sont pas. De plus, la longueur, le fait qu'il traite de philosophie ainsi que la prépondérance des cours de philosophie dans la première moitié du roman peut en rebuter certains, même si c'est ce qui m'a encouragé à le lire.
Je le conseille donc tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à la philosophie ou du moins qui n'ont aucun à priori négatif sur le sujet.

lundi 21 novembre 2011

Le pornographe

(Bertrand Bonello – 2001)

Réalisé en 2001 par le célèbre Bertrand Bonello (soit dit, en passant, je ne le connaissais pas...), Le pornographe est un film franco-canadien relatant la vie de Jacques, un réalisateur de films pornographiques très en vogue dans les années soixante-dix, qui se remet par contrainte à la réalisation après plusieurs années d'absence.

J'avoue avoir abordé ce film avec un sacré à priori ; le titre peut vous en expliciter la cause... Néanmoins, on m'a tellement vanté le réalisateur que je me suis dit : « Après tout, Habemus Papam est un bon film malgré le thème religieux ostentatoire alors pourquoi Le pornographe ne le serait-il pas ? ». De plus, Tim Burton a fait un plutôt bon film sur le « plus mauvais cinéaste de toute l'histoire du cinéma », Ed wood, alors pourquoi un film sur un cinéaste pornographique serait-il obligatoirement mauvais ?
Je constate que cette fois-ci, j'aurais du me fier à mon sentiment initial et laisser de côté toute justification et réflexion... Mais pourquoi ?

Même si l'histoire – la vie d'un pornographe qui reprend son métier – n'a pas l'air passionnante à mon goût, on trouve de bon films avec des synopsis semblable à celui-là tel que Ed wood précédemment cité.
Néanmoins, ces films requiert des répliques vivaces, un rythme prenant, un jeu d'acteurs maîtrisé, ce que Le pornographe n'a pas. Les dialogues sont tellement creux qu'on dirait des écoliers récitant devant leur maîtresse un poème appris par cœur la veille sans en comprendre un mot. Le jeu des acteurs va avec les dialogues : On dirait des automates ! Au début, j'ai cru que c'était fait exprès ; le film commençant effectivement sur une scène de tournage d'un des films du protagoniste et comme les films pornographiques ne sont pas connus pour être des trésors de répliques bien menées... Mais non ! C'est comme ça pendant tout le film ! Seul l'acteur principal, Jean-Pierre Léaud, amortit la casse mais si on fonce dans le mur à 120km/h, qu'on appuie sur le frein 10m avant ou pas, on se le prend quand même...

De plus, d'un point de vue cinématographique, je n'y connais pas grand chose, mais j'ai eu l'impression qu'il y avait beaucoup de plans fixes dénués d'intérêt ou de scènes prolongées inutilement. Par exemple, le film a du se concentrer (en un plan fixe, en plus) pendant environ 5-10 minutes sur une des scènes « chaudes » du tournage du film du pornographe. Cela n'a aucun intérêt ! Ça ne fait pas avancer l'histoire, et on s'en moque que deux acteurs de porno fassent leur travail !
Autre chose à ne pas omettre de signaler : Ce film n'est PAS tout public. Les scènes pornographiques ne sont pas censurées pour un sou. Donc si vous êtes mineurs ou que vous avez des enfants, évitez normalement... (enfin, comme on me l'a judicieusement fait remarquer, à priori, pour voir un film titré Le pornographe, on n'emmène pas ses enfants avec soi...)
Enfin, toujours dans les maladresses, le film est trop tronqué. On passe d'un événement à un autre qui parfois le suit, parfois le précède. Parfois, cet événement est évoqué dans la scène juste avant, mais il est montré quand même etc. Ça fausse un peu la compréhension du film, je trouve. De même, en passant d'une scène à l'autre, la musique ne suit pas forcément. Si dans une scène il y a besoin de musique et que dans la suivante non, la musique, au lieu de fondre en douceur, s'arrêtera brusquement, sans aucune transition. Là aussi, ça casse un peu le rythme...

Pour résumer, Le pornographe de m'a pas plu. Le déroulement du film est chaotique, les répliques sont creuses, les acteurs sont mauvais, exception faite pour Jean-Pierre Léaud, et je me suis franchement ennuyée. Je ne le conseille donc pas.