dimanche 19 janvier 2020

Animes de l'hiver 2020 - premières impressions

Un petit tour d'horizon des animes de cet hiver 2020, après visionnage des premiers épisodes.

ID Invaded


Hyper intéressant. Le concept est fort et intriguant : il s’agit d’explorer les puits d’inconscience formés par les pulsions meurtrières laissés par les tueurs en série pour les traquer. Il propose à la fois un rythme assez haletant et posé, des images frappantes avec des concepts originaux (le monde fragmenté à reconstituer pour un mystère, c’est simple mais brillamment efficace). Les personnages sont pour l’instant assez figuratifs même si on se doute qu’ils ont tous un truc à cacher. Le méchant, John Walker, avec son visage brouillé dans l’inconscient des meurtriers a un design de fou et marque bien.
L’anime commence donc par enthousiasmer son audience avec le facteur choque. A voir comment il tient dans la durée, mais il est en tout cas très intriguant avec un concept qui semble passionnant d’explorer. 
(critique après visionnage de l’épisode 2)


Eizouken ni wa Te wo Dasu na!

 J’ai abordé cet anime avec un a priori assez sévère. L’affiche m’attirait grandement. Je la trouve hyper dynamique, très foisonnante : elle a l’air de représenter une aventure formidable et survoltée. Et quand je lis le résumé, la première phrase tue mon enthousiasme dans l’œuf : “Asakusa Midori veut créer un anime”. Car oui, je n’aime pas les œuvres méta. Les films qui parlent de réalisation, les animes qui parlent d’animation, les mangas qui parlent de dessin… J’ai toujours trouvé la démarche, bien que souvent très documentée et donc enrichissante, plutôt autosuffisante. C’est toujours très positif, voire trop valorisant pour le médium : même lorsqu’on parle des défauts de l’industrie, ce sont néanmoins des gens qui ont choisi d’y travailler qui en parle et donc ne peut pas vraiment en avoir un regard objectif... 
Mais l’affiche m’attire tout de même… Sans ce préjugé personnel, j’y serais allée les yeux fermés… Donc je tente ! Et je ne fus pas déçue : l’anime foisonne. Les décors sont riches. Le rythme est effréné et les personnages dynamiques. Ils ont même un côté brouillon et réaliste peu présent dans les personnages d’animes “traditionnels” ; les voix, notamment, sont très rugueuses pour des filles. J’ai la vague impression que dans un souci de réalisme, il a été demandé aux doubleuses de ne plus prendre de voix “d’anime” mais d’au contraire adopter le ton d’un japonais ou une japonaise du quotidien. Ce qui rend les personnages étonnamment rafraîchissants. L’animation est d’une fluidité incroyable et les scènes animées en roughs (pour illustrer les concepts arts des personnages) ont une touche graphique originale très intéressante.
Alors oui, ça parle de création d’anime. De façon on ne peut plus positive. Cela commence comme une ode à l’imagination, à la création collaborative. Mais après tout, le cadre est tellement bien réalisé qu’on ne peut que se demander jusqu’où les délires graphiques vont se permettre d’aller. Donc on continue !


J’apprends que le Studio Saru, avec Masaaki Yuasa à la direction, est coutumier des séries aux délires graphiques appuyés : Devilman Crybaby, Ping Pong The Animation… Mais je le connais surtout pour The Tatami Galaxy, à l’époque où il opérait encore chez Madhouse. Et son film Yoru wa Mijikashi Arukeyo Otome est en train de me taper dans l’œil. Un gars à suivre, donc...
(critique après visionnage de l’épisode 1)

Majutsushi Orphen Hagure Tabi

 On suit ici l’histoire de Orphen, un mage qui a quitté sa tour/école pour partir à la recherche de sa sœur, transformée en dragon suite à une expérience magique ratée. Ses amis et collègues étant plus déterminés à exterminer cet échec plutôt qu’à sauver la jeune fille, Orphen devra trouver seul le moyen de la sauver à la fois de ses poursuivants mais également de sa monstrueuse transformation.
Ma première réaction face à cet anime fut : enfin un anime de fantasy ! Un vrai univers intradiégétique et non pas méta comme peut l’être un isekai ou un énième anime de MMO… En visionnant Majutsushi Orphen Hagure Tabi, on voit bien que l’histoire, la réalisation et les personnages ont tous ce qu’il y a de plus classiques. Il a même un sacré goût d’anime des années 90, pour quelque chose qui sort en 2020… Et en effet, il semblerait après recherches que cet anime soit un remake d’une série datant de 1998 en anime et plus vieux encore pour le light novel. Et l’œuvre ne s’en cache pas : le ton, le type d’humour, les ruptures, les façons de lancer les sorts… tout transpire les années 90. C’est tout de même triste de devoir fouiller si loin pour avoir un peu de fantasy non-méta, de nos jours…
L’anime reste plaisant à suivre sans pour autant faire d’étincelles. je vais donc continuer à suivre cette série et on verra si je la finirai à la longue.
(critique après visionnage de l’épisode 2)

Pet

 Pet se présente plus comme un concept qu’une histoire. L’idée est qu’il existe une faculté pour plonger dans l’inconscient des gens et qu’on peut le façonner pour créer ou supprimer des souvenirs, des impressions… en dosant savamment entre la “montagne” (le souvenir le plus heureux d’une personne) et la “vallée" (son souvenir le plus traumatique) qui sont les fondements de son être. 
Et, pour être honnête, le concept me séduit totalement. Il y a vraiment moyen de faire quelque chose d’intéressant à partir de ça, que ce soit scénaristiquement ou graphiquement. Après le visionnage de l’épisode 2, je dirais : mouais. Le premier épisode m’a laissé un peu perplexe car assez peu compréhensible et le second, bien que plus clair dans les intentions de l’histoire, n’était pas très convaincant non plus.
Car, oui, si le concept est fortement intéressant, les personnages, eux, ne m’intriguent pas. L’histoire ne semble pas avoir de destination pour l’heure. Donc je ne sais pas trop quoi en penser. D’un côté, j’ai envie de voir jusqu’où ils veulent aller avec un tel concept ; de l’autre, je me fiche de ce qui peut arriver aux différents protagonistes. Donc je crains que ça va être un anime qui va subir l’abandon au fil de la saison, même si je vais essayer de le suivre pour l’heure…
(critique après le visionnage de l’épisode 2)

Infinite Dendrogram

 C’est l’histoire d’un gars qui joue à un jeu MMO en réalité virtuelle et… non, non, ça ne finit pas en death game ! C’est vraiment juste ça. L’originalité de ce MMO ? Les NPC sont tellement uniques et “humains” qu’on s’attache fortement à eux, comme s’ils étaient vraiment vivants. Ce sont donc les seuls êtres qui peuvent mourir, les joueurs réscussitant normalement. Mais quand un anime me dit en boucle “nan, il faut que je la sauve ! Même si c’est un NPC, si elle meurt, elle disparaîtra à jamais du jeu !!”, eh bien les enjeux et l’investissement émotionnel que je pourrais éventuellement avoir s’effrite à chaque répétition. Globalement le genre du “suivre quelqu’un qui joue à un MMO” ne m’a jamais passionné en soi (à la rare exception de Log Horizon, qui le fait magnifiquement bien mais qui a des enjeux plus...lourds, et de SAO en son temps), mais ce ne sera certainement pas Infinite Dendrogram, son concept bateau et ses personnages sans saveur qui va réussir à me convaincre de m’y (re)mettre…
(critique après le visionnage de l’épisode 1)

Houseikishou Richard-shi no Nazo Kantei

 Cet anime fait partie de ces oeuvres qui vont mettre en scène un personnage pratiquant un métier très peu connu pour parler d’histoires de vie/d’enquêtes à base d’analyse d’un objet précis qui s’avère être au centre d’un tournant de l’existence des clients qui vont le rencontrer. C’est typiquement le genre de production qui donne la réputation aux mangas et aux animes d’avoir “une oeuvre pour n’importe quoi”, du ping-pong au lacrosse, sans oublier l’analyse de tableau ou le babysitting…
Ici, nous avons donc un germologiste, un métier si connu qu’il n’existe même pas d’article wikipédia français dessus. M. Richard, donc, analyse les pierres précieuses sur les bijoux et permet ainsi d’en retracer l’origine. L’aspect documentaire est mis en avant, car les différents types de taille de pierre, en fonction des pays, ou la provenance du caillou sont analysés…
Pour être honnête, je n’ai pas trouvé ça passionnant. Au-delà de l’aspect documentaire, les personnages ne sont pas particulièrement intéressants et paraissent assez archétypaux et vides ; les histoires n’ont rien de folichon… Je pense donc passer mon chemin sur cette série.
(critique après le visionnage de l’épisode 1)

Jibaku Shounen Hanako-kun

 Cette histoire joue sur une variation d’une célèbre légende urbaine japonaise : Hanako-san, une fantôme hantant les toilettes pour filles qui entraîne les gens qui l’invoquent en enfer. Ici, deux variations essentielles : Hanako est là pour réaliser les voeux des gens qui l’invoquent (contre une compensation) et il est un garçon. Le plot semble donc tourner autour du mystère de son origine et des différents problèmes à résoudre. 
Au niveau de la réalisation, plusieurs points sont à souligner. Tout d’abord, la patte graphique. Elle est unique et semble vouloir s’approcher, avec succès, des illustrations couleur qu’a pu faire l’auteur(e) du manga. Cela donne une coloration atypique et des effets d’ombre irréels qui donne un cachet certain à cet anime, même s'il pêche un peu d'excès de SD. Le rythme, lui, est quelque peu étrange. J’ai l’impression qu’on est à un ou deux chapitres du manga par épisode : l’anime prend son temps, et les changements de ton ne sont pas brusques ; ce qui fait un peu faire tomber tous les gags de répartie à l’eau, cela dit… Mais pour les événements à ambiance, par contre, cela a un intérêt certain.
Au niveau scénario et personnages, par contre, rien d’encore très convaincant. Après le premier épisode, j’avais trouvé l’histoire tellement bancale que je me demandais si j’allais continuer… La fille est banale et peu consistante, le héros est classique dans son archétype “d’être surnaturel bienveillant mais pas trop avec un passé forcément tragique” (oui, c’est un cliché. Précis, mais c’est un cliché). L’épisode 2 continue de présenter les personnages sans, pour l’instant, révéler un propos plus profond. Mais maintenant que l’équipe principale est au complet, peut-être que d’autres points d’intérêt seront soulevés. En tout cas, même si l’histoire n’est, pour l’instant, pas des plus originales, la réalisation vaut le coup d’oeil. Je vais donc continuer à lui donner sa chance, ça décollera peut-être plus tard…
(Une petite mention spéciale à la doubleuse de Hanako, Megumi Ogata, qui est également la voix de Nagito et Naegi dans Danganronpa. Ça s’entend énormément, certaines intonations étant très similaires à celles de Nagito. Mais ça rend tellement bien !)
(critique après le visionnage de l’épisode 2)

To Aru Kagaku no Railgun T

 En voilà un anime dont on n’a pas entendu parlé depuis fort longtemps ! Spin-off de To Aru Majutsu no Index, Kagaku avait la particularité de se concentrer sur la partie la plus passionnante de cet univers : la Cité Académique, ses espers et autres organisations scientifiques secrètes. Par contre, il avait aussi les épisodes slice of life les plus irritants de tous les animes que j’ai pu suivre…
La question est donc de savoir si cette troisième saison va plutôt être sérieuse (et donc potentiellement passionnante) ou “tranquille” (et donc potentiellement horripilante). L’arc semble suivre un énorme festival sportif à l’échelle de la ville, avec pouvoirs d’espers autorisés. Si, en soi, ce pitch de départ ne semble pas particulièrement prenant, il a l’air d’être le terreau pour mettre en scène et en valeur un maximum de personnages et pourquoi pas combats. Reste à savoir si un scénario plus consistant va suivre, mais vu les images qu’offre l’opening, on peut essayer d’espérer. Donc malgré ce début un peu lent (mais pas irritant grâce à l’absence de certains personnages), je garde bon espoir que la suite peut promettre. A suivre, donc, ne serait-ce parce que j’ai vu les 48 épisodes précédents !
(critique après le visionnage de l’épisode 2)

Runway de Waratte

Il s’agit ici d’un anime suivant Chiyuki, une fille qui veut poursuivre son rêve : devenir une mannequin pour l’agence de son père. Elle semble tout avoir pour ça : la passion pour le métier, un père qui possède l’agence dans laquelle elle veut travailler mais… elle ne fait que 158 cm. Et c’est rédhibitoire dans l’industrie. À force de ténacité, elle va réussir à se faire sa place, entraînant avec elle Ikuto Tsumura, un garçon rêvant d’être designer mais n’ayant pas les moyens d’aller à l’université pour.
Si l’univers de cet oeuvre peut ne pas particulièrement m'intéresser, l’idée du duo (et non d’un seul protagoniste) cherchant à atteindre leurs rêves est plutôt originale et bienvenue. L’anime n’a pas une réalisation des plus originales et le rythme me semble être plutôt lent par rapport à ce que la lecture du manga pourrait offrir. Ainsi, même si je suis intriguée par ce shônen sur deux héros poursuivant deux rêves différents dans le même milieu, je pense que je vais plutôt me rabattre sur la lecture plutôt que le visionnage.
(critique après le visionnage de l’épisode 1)

Dorohedoro

 Le petit dernier pour moi pour cette saison, et j’ai bien failli le louper ! Il semble en effet n’avoir eu qu’une sortie confidentielle au Japon, son contenu sanglant ne lui autorisant sans doute pas toutes les chaînes de diffusion, et je ne suis pas sûre qu’il ait été acheté par un quelconque distributeur en dehors de l’Archipel… Pourtant, Dorohedoro offre un univers fort intéressant et des personnages intrigants !
Le monde est ici divisé en deux parties : Hole, une cité réservée aux humains et le monde des mages. Cependant, la barrière entre ses deux mondes s’est effritée ou s’est brisée, transformant Hole en véritable terrain de jeu pour les mages friands en expérimentation humaine… Nous y suivons donc Kaiman, un homme-lézard amnésique à la recherche de son passé et du mage qui l’a transformé ainsi et son ami, Nikaidou, une gérante d’un restaurant de gyozas situé au coeur de Hole, mais également au coeur de la zone d’apparition des mages et donc du danger…
Dorohedoro offre un univers foisonnant : le délabrement et la crasse de Hole ainsi que le bestiaire qui anime ses rues n’est pas sans rappeler les meilleurs plans de la Décharge de Gummn. Le monde des mages, lui, semble divers et aussi consistant et varié que le pays de Merveilles que traverse Alice sous la plume de Lewis Carroll. La quête des héros est claire et intéressante, l’univers est riche… que demande le peuple ? Pas besoin de plus, en tout cas pour moi, pour continuer à suivre cette série.
Petite mention pour l’animation en 3D qui n’est pas dégueu. Les Japonais se sont vraiment améliorés sur ce point ces dernières années car, même si on sent la 3D, l’anime est aussi propre qu’un anime 2D à budget standard (avec quelques lenteurs propre à l’animation 3D qui se perçoit de temps à autre, cela dit). Et vu la nécessité des détails dans les décors et des effusions de sang des combats, le choix du mixte 3D/2D, qui peut paraître osé de premier abord, semble avoir au moins été bien maîtrisé.
(critique après visionnage de l’épisode 1)

Bilan

Ceux que je vais suivre avec attention :
  • ID Invaded
  • Eizouken ni wa Te wo Dasu na!
  • To Aru Kagaku no Railgun T
  • Dorohedoro
Ceux à qui je donne une chance :
  • Majutsushi Orphen Hagure Tabi
  • Pet
  • Jibaku Shonen Hanako-kun
Ceux que j'abandonne :
  • Infinite Dendrogram 
  • Houseikishou Richard-shi no Nazo Kantei
  • Runway de Waratte


Je trouve qu'il y a vraiment des animes qui recherchent des concepts originaux ou des idées pour se démarquer graphiquement, pour cette saison. J'ignore comment certains d'entre eux tiendront dans la durée et à l'épreuve de leur propre scénario, mais la démarche est louable et à suivre de près.

Deux petites mentions pour des animes que je ne suivrais pas : Kyoko Suiri (Stranger Case) et Somali to Mori no Kamisama (Somali et l'esprit de la forêt). Ce sont deux œuvres que je lis déjà avec attention en manga. L'un étant les enquêtes sur le surnaturel d'un duo de choc partageant une relation des plus étranges et l'autre l'odyssée onirique d'une enfant et d'un golem au dessin ultra détaillé. La version papier étant parfaite pour ces deux œuvres-ci, je suis ravie de continuer à les suivre ainsi plutôt que de regarder l'anime. Mais je recommande chaudement, en tout cas.


samedi 11 janvier 2020

Les Enfants du Temps

(Makoto Shinkai - sortie le 8 janvier 2020 en France)



Dernier film en date de Makoto Shinkai, Les Enfants du Temps conte l’histoire d’un jeune lycéen qui a fugué à Tokyo et qui tente de refaire sa vie là-bas. Si la ville lui semble tout d’abord impitoyable, la pluie diluvienne qui tombe sur la capitale depuis des mois n’aidant à l’humeur de personne,  il finit par trouver sa place dans une agence de rédaction miséreuse mais chaleureuse. Il rencontre également une jeune fille qui, par ses prières, est capable de lever quelques temps les cumulonimbus et apporter le soleil. Si son pouvoir est salutaire en cet été anormalement pluvieux, il n’est pas sans conséquence…

Si on devrait faire court, Les Enfants du Temps est un film sur la météo. On ressent toute la minutie et l’attention qu’à apporter le directeur et son équipe à l’animation, à la représentation, de la pluie, de la tempête, du déluge… Des gouttes aux nuages, sans oublier la lumière, tout est magnifique. Certaines idées plus fantastiques sont également effleurées <spoiler>comme l’idée d’un écosystème dans les nuages dû à la quantité d’eau qu’ils cumulent. Ou encore les plateformes au-dessus des cumulonimbus, les dragons de nuages, les poissons transparents dans les gouttes d’eau qui remontent vers le ciel…</spoiler> et brillamment mis en forme, même si trop peu exploitées à mon goût. Les décors sont également splendides : Tokyo revêt ici ses plus belles couleurs pour nous transporter à travers ses rues aux côtés des héros.


Franchement, cette promesse d'un monde au-dessus des nuages donnée par l'affiche japonaise du film, ça ne vous donne pas envie, à vous ?

Quand à l’histoire… Elle existe. Elle n’est pas particulièrement profonde ni originale. Les personnages, et la narration, ont tous un côté un peu naïf à la limite de la niaiserie… et le pas est quelques fois franchi entre les deux. Pour être honnête, elle m’a semblé plus être un prétexte pour mettre en scène des images qu’auraient eu le réalisateur en tête en créant ce film. Elle reste sympathique à suivre, mais rien de très emballant…
Autre petit malus, qui n’a sans doute pas dû aider l’histoire : la musique. Il doit y avoir cinq chansons composées pour le film (plus une dizaine de morceaux repris) et celles-ci interviennent toujours en clipshow, pour montrer le temps qui passe, ou pour marquer une scène dramatique. C’est trop. Personnellement, ces musiques m’ont régulièrement sorties du film, tellement elles sont extradiégétiques, et ont été tellement présentes (en volume sonore également) que leurs éruptions avaient plus le don de m’agacer que de m’entraîner… J’ai donc trouvé leur utilisation trop lourde et/ou trop maladroite...

Les Enfants du Temps est donc avant tout une claque graphique. Les personnages et le scénario ne sont qu’un bon prétexte pour mettre en scène certaines images, et côté réalisation, rien à dire, c’est splendide. Il s’agit donc ici davantage de s’en prendre plein les yeux que de réfléchir au message éventuelle de l’histoire (les images, par contre, vu le contexte de notre monde, ont peut-être un message à transmettre) ; ce qui est également une démarche sympathique à avoir lorsqu’on va au cinéma (je déconseille un peu plus le visionnage sur petit écran, par contre).

mercredi 14 août 2013

Stupeur et tremblements

(Amélie Nothomb – publié en 1999)


On m'a longtemps conseillé ce livre: « ça parle du Japon, ça va te plaire », « Amélie Nothomb est tordue, ça va te plaire » (je refuse de comprendre comment cette personne en est venue à penser ça...), « elle écrit bien, ça va te plaire » et j'en passe. Comme je mets toujours plus longtemps à lire les livres qu'on me conseille que ceux qu'on m'interdit, je ne l'ai lu que très récemment, ce qui me permet de faire tout de même cette critique.


Stupeur et tremblements est un roman autobiographique qui raconte le (court) passage d'Amélie Nothomb dans une prestigieuse entreprise japonaise, la compagnie Yumimoto (ne trouvant strictement aucune information sur cette entreprise, j'imagine que le nom est fictif...). A priori, les romans autobiographiques n'ont jamais été ma tasse de thé, mais après tout, si l'auteur est si particulière, pourquoi pas.
Et en effet, le livre est plutôt bien écrit; l'auteur utilise des comparaisons assez surprenantes et le style est plaisant. De plus, pour les moins courageux, le roman est court (même pas 200 pages...). Je suis néanmoins un peu déçue; l'histoire, la tournure des évènements n'est pas aussi « tordue » que je l'avais espéré (voilà pourquoi je n'aime pas qu'on m'explique pourquoi je pourrais trouver un livre bien; mes attentes sont généralement plus grandes que ce que m'offre l'œuvre...).

Parlons de l'histoire, justement. J'ai eu la sincère impression que dans ce roman, il ne se passait RIEN. Je veux dire, oui, elle raconte sa vie dans une entreprise japonaise, soit, cela ne se passe pas excessivement bien, d'accord, mais à part cela; NADA. Je n'ai rien contre les romans descriptifs, d'autant que celui-là est agréable à lire, mais un peu d'action, que diable! Je ne demande même pas de suspens, ce serait bien trop espérer, mais au moins des évènements, je ne sais pas, quelque chose...

En outre, si je devais parler des personnages (ce qui est relativement absurde dans un roman autobiographique, puisqu'ils ne sont pas sensés être tirés de l'imagination de l'auteur), je dirais qu'ils sont creux. Ils sont là, ils agissent, leurs actions ont des conséquences sur la vie de la narratrice, mais ils sont inintéressants; on a pas spécialement envie de les connaître davantage, de comprendre la raison de leur actes et lorsque la narratrice spécule sur ce sujet, c'est tellement stéréotypé que c'en est désolant...

Enfin, parlons de l'image du Japon que l'auteur veut donner, puisque c'est le but de l'œuvre. Je trouve l'image singulièrement négative, malgré l'enthousiasme de la narratrice à l'égard du pays du Soleil Levant. Cependant, il est probable que son expérience ait été négative. Mais je trouverais dommage de généraliser, même si cela doit être une réalité. Après, ce n'est que mon opinion...



Pour conclure, je dirais que ce roman m'a tout de même déçue: même s'il est bien écrit, plaisant à lire, que le thème qu'il aborde peut être intéressant et sujet à débat, l'action et l'intrigue sont quasiment inexistantes et les protagonistes sont inintéressants, insipides et stéréotypés, ce qui gâche un peu l'œuvre à mon goût.

mercredi 24 juillet 2013

Mahou Shougo Madoka Magica

(2010 – Shaft)

Tout le monde connaît les animes de Magical Girl, tels que Sailor Moon, Magical DoReMi ou encore Card Captor Sakura, qui ont marqué toute l'enfance des français (surtout françaises, en vérité) ; ces animes où des jeunes filles pré-pubères affrontent des forces plus ou moins maléfiques après s'être transformées grâce à une formule et une chorégraphie incompréhensibles que l'on retrouve à l'identique dans chaque épisode. Bon, je généralise et caricature un peu, mais c'est un peu l'idée de ce genre d'anime où tout est beau et merveilleux dans le meilleur des mondes possibles.

L'anime dont je vais vous parler aujourd'hui, Mahou Shoujo Madoka Magica – hélas encore inédit en France – fait parti de ce genre-là. Mais ce n'est pas n'importe quel anime de Magical Girl : c'est celui qui a réussi à rendre au genre un nouveau souffle qu'il n'aurait jamais pu prévoir : un côté sombre et complètement psychédélique.


Madoka est une simple jeune fille qui vit heureusement entourée d'amies chères et de sa famille aimante. Un jour, elle rêve d'un monde ravagé par une créature lointaine qu'une jeune fille affronte, seule. Le lendemain, cette même fille arrive dans sa classe, et un monde de batailles contre des êtres maléfiques appelés sorcières va débuter...

Mahou Shoujo Madoka Magica nous plonge directement dans son ambiance unique pour le genre choisi ; le monde dévasté vu par Madoka annonce bien les malheurs à venir...

Cette ambiance sombre est bien la force même de la série. Les ennemis affrontés par les Puella Magi (Magical Girl, dans l'univers de Madoka) sont d'un charisme à la fois impressionnant et dérangeant, à tel point que ce serait du spoil de vous en montrer ne serait-ce qu'un seul d'entre eux...

D'ailleurs, l'animation et la mise en scène si particulière du studio Shaft sont ici exploitées au mieux, leur façon de faire rendant d'autant mieux l'ambiance du titre. Ne croyez pas un seul instant que l'image du dessus résume le psychédélisme du titre : je vous laisse découvrir ce côté par vous même...

La musique est elle aussi très efficace ; alors que l'opening est très classique, l'ending chanté par Kalafina reprend bien l'ambiance très dérangée de l’œuvre. Quant à la bande son, elle fait son office, et certaines sont mêmes très bonnes à écouter en-dehors de l'anime.

Mais Madoka Magica ne serait que bon, si il n'avait que son ambiance. Or, il est excellent, donc l'histoire se tient aussi. Celle-ci est mené avec brio, a de nombreux rebondissements et presque aucun temps morts. De plus, bien que le titre reprenne des ficelles de son genre, l'anime arrive à les renouveler.

Les mascottes ne sont pas choses nouvelles dans les animes de Magical Girl. Pourtant, celui-là est unique...

En outre, les Magical Girls qui se sont laissés entraîner dans ce combat contre les sorcières sont cruellement attachantes. Finalement, des cinq filles en jeu, peut-être que Madoka est la moins intéressante, bien qu'elle se rattrape vraiment à la fin.
Fin qui a d'ailleurs déçu beaucoup de monde, bien que ce soit sans doute la meilleure fin possible pour elles...

En conclusion, Mahou Shoujo Madoka Magica mérite son succès. Par son ambiance sombre et parfaitement bien mise en place par le si particulier studio Shaft, il arrive à renouveler un genre pourtant bien figé. Son intrigue est vraiment bien menée, pleines de rebondissements et les personnages y sont très attachants, malgré une fin qui déplaît, assez légère par rapport au reste de l’œuvre.

C'est donc un anime que je conseille non seulement à ceux qui veulent voir ce genre renouvelé mais aussi à ceux qui veulent voir un anime unique et sombre.

jeudi 27 juin 2013

Saya no Uta

(NitroPlus – 2003)


Attention : Cette œuvre est fortement déconseillée aux mineurs. Elle présente un contenu érotique prononcé, mais aussi un caractère violent et très controversé.

Saya no Uta (Le chant de Saya) est un visual novel et eroge (pour les nouveaux, je renvoie à ma présentation du genre) développé par Nitroplus. Bien qu'inédit jusqu'à peu hors des terres nippones, ne permettant aux anglophones de ne connaître l’œuvre qu'à partir d'une traduction amateur, JAST USA a sorti très récemment (le 6 mai dernier) une version officielle aux États-Unis. Quant aux français, une traduction amateur proposée par Nnuuu Production est disponible. Je ne peux cependant pas juger moi-même de la qualité de cette traduction, ayant lu cette œuvre grâce à la traduction anglaise amateur.
Cependant, sa grande diffusion prouve de sa popularité, alors parlons de l’œuvre elle-même !

Sakisaka Fuminori est un étudiant en médecine banal. Il est cependant rescapé d'un accident qui emporta ses parents. Lui-même n'en sort pas indemne, contrairement à ce que croit ses médecins : Sa perception du monde est complètement dérangée. Au lieu d'une simple cafétéria d'université, Fuminori perçoit un monde grotesque d'entrailles et de viscères ; ces amis lui semblent monstrueux, que ce soit à voir, à entendre, et même à sentir. La nourriture aussi lui est immonde.
Dans cette univers atroce qui est désormais le sien, Fuminori ne connaît la paix qu'avec Saya, une étrange jeune fille qu'il voit comme telle...

 Lorsqu'un univers bascule...

Saya no Uta tire sa plus grande force de son ambiance. La vision du monde du héros rend le titre dérangeant voir même cauchemardesque. Bien sûr, qui dit ambiance dit musique. En cela, ce visual novel s'en sort brillamment. Cependant, à part quelques exceptions, ces musiques ne s'écoutent pas vraiment en dehors de la lecture, tant l'ambiance qu'elles dégagent est ancrée dans l’œuvre.

L'ambiance fait aussi tenir tout le scénario. Assez basique en soi, l'histoire reste très entraînante. Cependant, cette œuvre n'est, comme cela a déjà été mentionné, PAS tout public. L'ambiance va en s'horrifiant de plus en plus jusqu'à des extrêmes qui peuvent en heurter beaucoup, et pas que les plus sensibles.
Quand à la durée, ce visual novel n’excède sans doute pas la dizaine d'heures, même pour les plus lents. Le titre offre trois fins différentes, définies par deux choix : Il est donc assez rapide de tout voir. Je vous conseille cependant de déterminer les choix véritablement comme VOUS le sentez, notamment lors de la deuxième branche ; la première fin que vous verrez, quelle qu'elle soit, vous paraîtra toujours mieux que l'autre. Ne vous dites pas : « Je vais faire ça avant ; je garde le meilleur en dernier »...

La petite faiblesse de l’œuvre se trouve sans doute dans ses personnages. Pas très nombreux, ces derniers ne sont pas particulièrement profonds. Leur personnalité reste assez superficielle voir même, pour certains, plutôt stéréotypée. Le héros ne fait pas exception, bien que les choix du lecteur influence évidemment ses actions.
Saya doit être la personnalité la plus recherchée du titre bien que finalement, plus que sa personnalité, c'est le personnage qui s'avère intéressant, voir même cruellement attachant.

Cependant, je ne dirais pas que c'est un défaut conséquent : Saya no Uta est écrit tel un roman fantastique ; ce n'est pas tant les personnages qui comptent, mais bien la situation qu'ils expérimentent. En parlant de l'écriture, celle-ci, sans être exceptionnelle, reste efficace et fluide.

Pour résumer, Saya no Uta est un très bon visual novel, notamment par son ambiance et ses musiques cauchemardesques et dérangeantes. Bien que l'ambiance du titre soit exceptionnelle, le petit bémol de l’œuvre serait sans doute les personnages un peu trop classiques, même si le genre le permet, puisque le fantastique n'est pas connu pour avoir des personnages recherchés.

Je conseille donc cette œuvre à tous ceux qui se sentent prêts ; car malgré la qualité du titre, son contenu controversé se doit d'en décourager certains...

dimanche 9 juin 2013

Azumanga Daioh

(Azuma Kiyohiko – Publié par Kurokawa en 2005)


Azumanga Daioh, publié en quatre tomes, est l'histoire de six lycéennes et de leurs professeurs à l'âme d'enfant. Leur histoire est racontée sous le format 4-koma ; courte histoire de quatre cases, soit un procédé semblable à celui utilisé dans Garfield ou Snoopy.

Comme la grande majorité des mangas 4-koma, Azumanga Daioh se veut drôle et amusant – parce que, oui, pour l'histoire, il y a des 4-koma qui ne le sont pas, comme Afghanistan – et il y arrive très bien. Les personnages ont leur caractère propre et nous entraînent à leur rythme ; de temps en temps effréné, parfois très contemplatif, au contraire.

En effet, chaque personnage a sa personnalité propre, même si pas particulièrement originale, et est très attachant. On s'apitoie sur cette pauvre Sakaki qui adore les chats qui la détestent, on rie de l'égoïsme du professeur Yukari et de la frénésie de Tomo...
Vraiment, bien que le tableau des personnages soient petits – sept lycéennes et trois professeurs, essentiellement – le manga nous montre des situations aussi divers que variées à travers eux.

Comme déjà mentionné plus haut, le rythme de ce manga est lui aussi assez divers ; il dépend essentiellement sur quel personnage le gag se concentre. Le monde deviendra bien plus lent en suivant la lunatique Ôsaka qu'en écoutant le duo des professeurs amis d'enfance. Cette diversité est très rafraîchissante et c'est surtout son format qui le permet.
De part ce dernier, Azumanga Daioh est le genre de manga qui se lit, relit avec toujours le même plaisir ; il est à la fois reposant et divertissant.

J'ai d'ailleurs des félicitations à faire aux traducteurs de la version française. Comme beaucoup de mangas humoristiques japonais, Azumanga Daioh joue énormément sur les jeux de mots, si fréquent dans la langue du pays du Soleil Levant.
De ce genre de cas, les traducteurs sont confrontés à trois choix : soit le traduire littéralement et expliquer le jeu de mots avec une note en bas de page, ce qui rend rarement la dimension comique (choix souvent pratiqué par les traductions amateurs), soit l'ignorer complètement (Ranma ½ est un bon exemple de cette pratique), soit trouver un équivalent français.
Eve Chauviré et ses collaboratrices japonaises ont fait le choix le plus compliqué mais le meilleur ; trouver l'équivalent français, ce qui permet de garder la spontanéité du gag et donc l'humour. Bravo à vous !

Azumanga Daioh connaît aussi une adaptation animée de 24 épisodes, éditée en France par Kaze. Celle-ci est plutôt bonne ; elle y adapte la plupart des histoires du manga et a quelques histoires inédites.

En somme, Azumanga Daioh est un manga sympathique et humoristique sur la vie de quelques lycéennes. Les personnages y sont tous attachants et très distingués les uns des autres, offrant divers aspects de cette tranche de vie.

C'est donc une œuvre que je recommande à tous ceux qui veulent passer un bon moment de rire et de détente sans se prendre la tête, que ce soit en manga ou en anime.

jeudi 28 février 2013

La fille de Ryan


(David Lean – 1970)

La fille de Ryan se déroule en 1916, dans un petit village isolé d'Irlande où Rosy, fille du propriétaire de la taverne du hameau, se marie avec son ancien maître d'école. La nuit de noces se révélant décevante, elle entame une relation passionnée avec le major anglais Randolph Doryan, héros traumatisé et estropié de la Première Guerre Mondiale qui fait toujours rage.
Mais plus que la Grande Guerre, c'est le contexte du mécontentement irlandais qui domine. En effet, en 1800, le parlement irlandais signe un Acte d'Union avec la Grande-Bretagne qui déplace les représentants du pays à Londres et qui soumet l'Irlande aux Britanniques. « L'occupant anglais » ne pourra cependant pas se reposer sur ses lauriers ; Irish Republican Brotherhood, fondé en 1858, est une organisation révolutionnaire républicaine qui fera tout pour chasser les Britanniques du sol irlandais. Ils prévoient notamment une révolte pour Pâques, l'insurrection de Pâques de 1916, qui devait commencer à Dublin et s'étendre dans tout le pays.

C'est donc dans ce contexte de préparations que se déroule ce film d'adultère. Et je dois admettre que ce film m'intéressait beaucoup pour ce cadre-là. De plus, les films de David Lean ne m'ayant pas encore déçue, j'avoue que je suis allée le voir avec une a priori plutôt positif.

Et en effet, la qualité cinématographique est là. Les décors sont très beaux et réalistes (le film a d'ailleurs été tourné en Irlande, donc on ne peut faire plus réaliste...), la mise en scène est bonne et la vie du village est plutôt bien retranscrite, notamment grâce à la position de tavernier de Ryan.
De plus, l'idée que le major Doryan soit traumatisé par le front est certes peu originale, mais bien transcrite : Cela ne prend en effet ni trop d'importance ni pas assez. Christopher Jones ne joue pas ici un pauvre soldat vaincu par son traumatisme mais un homme qui, malgré son traumatisme, continue de vivre de son mieux.

Néanmoins, ce film m'a tout de même déçue. Déjà, le contexte n'est pas si exploité que cela, ce qui fait que le film devient vraiment un simple film d'adultère avec ses stéréotypes et ses personnages spécifiques et classiques. Pas beaucoup de surprises se présentent le long du film et en plus, la longueur de l’œuvre, 3h10, est ici un défaut qui ajoute une langueur à ce sentiment d'ennui.

Au final, malgré la qualité cinématographique due à l'expertise de David Lean et un contexte intéressant, j'ai trouvé ce film ennuyeux. La fille de Ryan n'est cependant pas complètement mauvais mais tellement stéréotypé qu'il en devient tout simplement ennuyant, ce que la longueur accentue davantage.